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C’est un chiffre qui ne fait pas la une des journaux, mais qui lézarde silencieusement les murs de nos mairies : depuis 2020, plus de cinquante maires de Saône-et-Loire ont posé leur démission sur le bureau du préfet. Ce n’est pas une vague, c’est une érosion. Dans le Clunisois, le Charolais ou le Mâconnais rural, ces élus, souvent à la tête de villages de moins de 500 habitants, n’ont pas attendu la fin du mandat pour dire stop. Ils sont partis, usés par les tensions internes de conseils municipaux devenus des arènes de conflit, épuisés par une charge administrative devenue kafkaïenne, ou simplement écœurés par une fonction qui exige tout et ne rend plus grand-chose.
 
Le contrat républicain est rompu.
 
Cette hémorragie place notre département dans le triste “Top 10” national des territoires où la gouvernance locale vacille. Derrière la froideur statistique 13% de départs pour épuisement, 31% pour tensions se cachent des femmes et des hommes de 66 ans en moyenne, souvent des “nouveaux” de 2020, qui ont cru pouvoir changer leur village et qui se sont brisés sur la réalité du mandat. Les dispositifs comme “Villages d’avenir”, censés apporter une ingénierie de secours, ressemblent de plus en plus à des soins palliatifs pour une démocratie de proximité en fin de vie.
 
Cette fièvre du départ n’épargne plus les places fortes. À Louhans-Châteaurenaud, capitale de la Bresse, la mandature s’est transformée en une interminable valse des sièges vides, symptomatique d’un malaise qui dépasse les clivages partisans. L’opposition a ouvert le bal des départs avec fracas, dénonçant le mépris, mais le mal a fini par ronger la majorité elle-même : en septembre dernier, deux piliers du groupe de Frédéric Bouchet ont claqué la porte, invoquant une dérive autoritaire telle que la mécanique municipale s’en est trouvée grippée, jusqu’à l’annulation de séances faute de combattants.
 
Louhans-Châteaurenaud : démissions en cascade dans la majorité et l’opposition
Depuis 2020, la commune-centre du canton connaît une valse des élus sans précédent : Pierre Goursat (opposition) démissionne en mai 2024, suivi de trois colistiers de Paule Mathy (Véronique Reymondon, Philippe Roch, Paule Mathy elle-même) pour “manque d’écoute” et “mépris” du maire Frédéric Bouchet. En septembre 2025, deux élues de la majorité municipale, Anne Varlot et Corinne Bayle, jettent l’éponge à leur tour, invoquant des “dérives autoritaires” qui paralysent même les conseils municipaux (séance annulée faute de quorum).Le fauteuil du maire tient, mais la maison se fissure.
 
Tandis que le maire se porte candidat pour un troisième mandat à la tête d’une équipe qu’il promet renouvelée, le spectacle de cette hémorragie interne, couplé à une opposition désormais émiettée en cinq factions, dessine pour 2026 un paysage politique local en champ de ruines. La gouvernance de la cité des arcades ne devra pas seulement se gagner dans les urnes ; elle devra se reconstruire sur les décombres de la confiance perdue.


Alors que 2026 approche, la question n’est plus de savoir qui va gagner, mais qui voudra bien y aller. Avec déjà douze communes sous tutelle ou en gestion d’équipe provisoire, le risque est réel de voir des pans entiers de notre territoire rural devenir des déserts politiques, gérés par des administrateurs sans visage faute de candidats pour porter l’écharpe tricolore. Ce silence qui s’installe dans nos campagnes est peut-être le bruit le plus assourdissant de cette décennie.