À quelques kilomètres de notre frontière départementale, la préfecture de l’Ain est en train de devenir un laboratoire politique fascinant et brutal. Jean-François Debat, le maire socialiste indéboulonnable depuis 2008, élu chaque fois dès le premier tour, observe depuis sa citadelle une scène qui aurait été impensable il y a encore cinq ans.
La droite locale, désespérée de reprendre la ville, est en train de faire sauter les digues historiques. Benoît de Boisson, figure du parti d’Éric Zemour, a réussi le tour de force d’embarquer sur sa liste des élus locaux des Républicains, dont un vice-président du Département.
L’étiquette partisane s’efface officiellement pour tenter une « Union des droites » qui ressemble surtout à une absorption de la droite classique par la droite radicale.
La confusion est totale.
Ce mariage de raison ne fait pourtant pas l’unanimité. Christophe Coqué, parti chez Horizons, crie à la trahison des valeurs gaullistes, évoquant le spectre du Maréchal Pétain pour qualifier cette alliance.
De l’autre côté, le Rassemblement National refuse de se diluer et lance sa propre liste menée par le député Jérôme Buisson.
Résultat : face à un maire sortant qui a réussi l’union quasi-totale de la gauche, l’opposition part en ordre dispersé, fracturée entre trois listes qui se déchirent sur l’identité et la sécurité.
Pour l’électeur bressan qui regarde ce spectacle, la leçon est claire. La stratégie de l’union des droites, tant vantée par certains (comme Eric Michoux à Louhans-Châteaurenaud), se heurte ici à la réalité des ego et des appareils.
Pendant que ses adversaires s’accusent mutuellement de traîtrise ou de mollesse sur l’insécurité et les pistes cyclables, Jean-François Debat joue la carte de la « cohésion sociale » et de la stabilité. Le scrutin de Bourg-en-Bresse sera le crash-test grandeur nature de la recomposition politique française.