Louhans-Châteaurenaud
Le divorce amer
Quand la campagne se termine en règlement de comptes numérique
Les claviers ont remplacé les estrades. À quelques jours du scrutin municipal de Louhans-Châteaurenaud, la tension de fin de campagne ne se mesure plus à l’épaisseur de la colle sur les panneaux électoraux, mais à l’acidité des commentaires sur les réseaux sociaux.
L’affrontement entre le maire sortant Frédéric Bouchet et son ancienne adjointe Christine Buatois vient de franchir un nouveau palier de violence verbale. C’est un divorce politique qui se règle sur la place publique numérique, sous les yeux d’électeurs transformés malgré eux en spectateurs d’une tragédie amère.
Christine Buatois dégaine la première. Agacée par ce qu’elle perçoit comme des attaques anonymes, elle fustige le courage de ceux qui se cachent derrière des avatars, ciblant directement les méthodes de l’équipe adverse.
Voulant, selon son expression, remettre l’église au milieu du village, elle clarifie ses finances personnelles. Devenue simple conseillère municipale, elle affirme ne plus percevoir aucune indemnité de la mairie. Elle s’accroche en revanche à sa vice-présidence au sein de la communauté de communes, en charge du développement économique et de la communication, un mandat qui court jusqu’à la mi-avril.
L’attaque se fait ensuite plus politique. Elle accuse Frédéric Bouchet d’avoir manœuvré pendant des semaines pour l’évincer de cette instance intercommunale, un terrain où, affirme-t-elle, il ne s’est jamais impliqué. L’exemple brandi est celui du bassin extérieur de la piscine. L’intervention du maire la veille au soir contre cette extension est qualifiée de propagande électorale déplacée.
Le diagnostic de la candidate est sans appel : une marche solitaire, dénuée de tout esprit collectif.
“Aucune popularité, aucun réseau” : Bouchet vide son sac et atomise sa rivale à 10 jours du vote
La réplique ne se fait pas attendre. Frédéric Bouchet monte au créneau, à visage découvert, pour déplorer une bien triste fin de campagne. Il renvoie la balle, accusant une partie de la liste de sa rivale d’entretenir une agressivité stérile, jusqu’à initier des polémiques sous des articles de la presse locale autour du dossier de Varennes. Puis, l’arithmétique devient chirurgicale. Le maire sortant ouvre les carnets de comptes.
Il affirme que son ancienne alliée n’a plus géré le moindre dossier depuis février 2024, mais qu’elle a attendu le 6 novembre 2025 pour démissionner et cesser de percevoir ce qu’il nomme son salaire. Près de deux ans de bénéfices, raille l’édile. Sur le terrain intercommunal, il porte l’estocade.
Le fameux bassin extérieur pour la piscine ?
Un projet non étudié, non soutenu financièrement, balayé par un « non » ferme des élus. Il oppose cet échec cuisant à son propre projet de santé autour de l’IRM, voté à l’unanimité. La sentence tombe, glaciale et définitive : aucune popularité, aucun réseau.
Ce déballage est désagréable” :
à Louhans, le duel des rivaux éclabousse les électeurs
Les deux adversaires en ont conscience : ce déballage est profondément désagréable pour les habitants. Le maire le concède lui-même, qualifiant l’exercice d’inévitable. Pourtant, cette passe d’armes virtuelle révèle une fracture bien réelle.
Derrière les projets d’infrastructures et les batailles de légitimité, c’est l’usure des relations humaines au pouvoir qui éclate au grand jour. Les électeurs sont pris à témoin d’un affrontement où l’on compte les mois d’indemnités comme on compte les coups.
La politique locale exige de la proximité. Elle offre aujourd’hui un spectacle de gladiateurs où les mots frappent plus fort que les tracts. Dimanche, les urnes devront trancher. Elles seules auront le pouvoir de ramener le silence.