Dimanche prochain, neuf communes du département voteront encore.

Une quadrangulaire, trois triangulaires, cinq duels. Le jeu des alliances s’est joué hier, jusqu’à 18 h, dans le secret des petites mairies et des grandes ambitions. À Louhans-Châteaurenaud, trois candidats restent en lice : le maire sortant, son challenger de gauche, et le jeune représentant du Rassemblement national. Ce soir, ils se feront face sur une scène de radio, pour un dernier échange avant le verdict. Ailleurs, c’est la recomposition. À Lons-le-Saunier, deux rivaux d’hier ont décidé d’unir leurs forces pour tenter de déloger le maire sortant. Le jeu en vaut la chandelle : en 2020, ce dernier n’était arrivé que troisième au premier tour avant de l’emporter de justesse.

Derrière ces chiffres, il y a l’usure des mandats, la fatigue des campagnes, mais aussi une certitude : dans les petites villes, rien n’est jamais écrit d’avance.

Pendant que les candidats s’apprêtent à débattre, d’autres combats se jouent ailleurs, plus discrets, plus douloureux. Ce matin, les taxis et les ambulanciers de Saône-et-Loire ont organisé une journée blanche. Ils dénoncent une réforme de l’assurance maladie qui, selon eux, les fait travailler à perte. Le forfait de prise en charge, le kilométrique réduit, la géolocalisation imposée : autant de contraintes qui étranglent un métier déjà à la merci des prix du carburant. Une professionnelle de Branges, présidente de l’association départementale, l’a dit sans détour : « Aujourd’hui, le modèle nous fait perdre de l’argent. Si ça continue, des entreprises fermeront. Et ce sont les patients qui en pâtiront. » L’assurance maladie brandit les chiffres : six milliards d’euros de dépenses en 2024. Les transporteurs répondent qu’ils ont déjà fait des efforts, mutualisé les trajets, accepté la géolocalisation. Mais à quoi bon économiser sur le transport si c’est pour multiplier les abandons de soins ? « L’abandon de soins, on l’a vu avec le Covid. Derrière, il y a un retour plus grave pour la santé », prévient-elle.

Dans le même temps, à Louhans-Châteaurenaud, une femme âgée est morte hier soir dans l’incendie de son appartement, à la résidence des Cordeliers.

Le feu a pris dans la cuisine. Les pompiers ont déployé la grande échelle, tenté un massage cardiaque. En vain. Les voisins ont été évacués, le temps que les flammes s’éteignent. Une enquête est ouverte. On ne sait pas encore ce qui a causé le drame, mais on sait que derrière chaque chiffre de la statistique, il y a une vie qui s’éteint, des proches qui pleurent, un appartement vidé de ses souvenirs.

C’est aussi cela, la vie locale : la banalité tragique d’un incendie, la fragilité des services publics, et l’énergie de ceux qui tentent de maintenir le lien. Comme ces bibliothèques de Branges et de Louhans-Châteaurenaud qui collectent les vieux téléphones portables depuis février. L’idée a germé chez les bibliothécaires, à l’appel de la bibliothèque départementale. Les appareils sont récupérés, testés, réparés quand c’est possible, puis redistribués à bas prix ou donnés à des foyers modestes. Les irréparables sont confiés à Écologique pour recycler les métaux précieux et réduire l’extraction minière. Une douzaine de téléphones ont déjà été déposés à Branges, parfois par des gens qui venaient exprès. Une manière de donner une seconde vie aux objets, et de faire œuvre utile, à son échelle.

À l’autre bout de la chaîne des déchets, Christian Clerc tire sa révérence.

Après deux mandats à la tête du syndicat  des ordures ménagères du Louhannais, il quitte ses fonctions. Le bilan est là : les déchetteries ont été agrandies, les bacs ont été installés, la redevance n’augmente pas cette année. Et pourtant, le défi à venir est immense. La taxe d’enfouissement va exploser, les tonnages autorisés diminuer. Le président sortant l’a répété : il faudra continuer à réduire les déchets, convaincre les usagers, mais aussi interpeller les industriels sur leurs sur-emballages. Lui-même ne cache pas sa passion pour ce dossier. « C’est quelque chose qui m’a passionné », a-t-il dit. Et puis, en filigrane, la question d’un incinérateur départemental, évoquée il y a des années, repoussée après les incidents de Cluny, mais qui ressurgit aujourd’hui comme une hypothèse pour l’avenir.

Entre les élections, les colères sociales, les drames et les petites victoires du recyclage, la Saône-et-Loire avance.

Entre les soubresauts électoraux, les colères qui grondent et les gestes discrets du quotidien, la Saône-et-Loire tisse son destin. À sa manière. Rugueuse, imprévisible, jamais tout à fait lisse. Cette terre de Bresse, où les clochers percent la brume et les rivières dictent leurs lois, avance à l’image de ses habitants. Par à-coups. Entre fractures et rapiéçages.

Ce matin, les ambulanciers ont investi les rues. Sirènes hurlantes, pancartes brandies. Ils criaient leur ras-le-bol face à un système qui les épuise autant qu’il les ignore. Ce soir, Louhans retient son souffle. Un débat où l’urbanisme s’embrase, où les ambitions s’entrechoquent. Demain, les urnes trancheront. Et la semaine prochaine, un vieux téléphone glissé dans la boîte de recyclage de la bibliothèque de Branges entamera peut-être sa mue vers une seconde existence. Ainsi va la mécanique Saône-et-Loire. Imprévisible, rugueuse, jamais tout à fait réglée. Entre drames qui fissurent, colères qui propulsent, victoires minuscules qui recollent les morceaux. Le département compose avec son terroir, ses failles, ses espoirs têtus.

Une horlogerie bancale, certes. Mais qui tourne. Sans relâche. Portée par la patience des siens.