Ce que l’actualité du  20 mars nous dit 

L’actualité locale ressemble souvent à un miroir brisé où se reflètent les pires noirceurs et les plus belles lumières de notre territoire. D’un côté, la violence la plus brute s’invite dans nos campagnes. Le tribunal de Chalon-sur-Saône vient de condamner à cinq ans de prison ferme, avec maintien en détention et suivi psychiatrique, un Bressan de 41 ans. Son crime dépasse l’entendement : quatorze infractions en trois jours entre Brienne, Jouvençon et Cuisery, conclues par une attaque à la hache contre son ex-compagne, le nouveau conjoint de celle-ci, ses propres enfants, puis les gendarmes venus l’interpeller. Une explosion de sauvagerie qui laisse le territoire groggy.

À une échelle heureusement moins dramatique, l’incivilité ordinaire gangrène aussi le quotidien. À Vincelles, le maire Michaël Chevrey a dû se muer en enquêteur pour retrouver l’auteur d’un dépôt sauvage d’ordures, trahi par un document oublié dans ses propres poubelles. La plainte est déposée, l’amende de 135 euros partira par la poste, et l’exaspération des élus ruraux face à ces « crassous », comme il les nomme, atteint un point de rupture salué par ses administrés.

Pourtant, au milieu de cette brutalité et des tensions politiques exacerbées par l’entre-deux-tours des municipales— à Mâcon, le jeune Émile Blondet (31 ans) bouscule le maire sortant Jean-Patrick Courtois (74 ans) ; à Lons-le-Saunier, les électeurs retiennent leur souffle après un premier tour séparant Jean-Yves Ravier et Cyril Bréreau de seulement 56 voix—, la vie s’obstine à montrer son plus beau visage.

La preuve se trouvait mercredi matin à la salle polyvalente de Châteaurenaud. Quatre-vingts personnes se sont présentées pour donner leur sang, sous l’œil bienveillant de Michelle Richard, présidente de l’Amicale locale. Parmi elles, une lueur d’espoir : six lycéens de Louhans, majeurs, accompagnés par leur infirmière Virginie Slaby. Ils sont venus en bande, pour s’encourager, bravant la peur de l’aiguille par simple envie d’aider. L’un d’eux, à sa troisième collecte, résume l’esprit du moment avec une désarmante simplicité : « On ne craint rien, c’est pour sauver des vies. » La jeunesse bressane n’est pas seulement celle qu’on caricature ; elle sait aussi tendre le bras.

Cette transmission vitale se retrouve dans la culture et la sauvegarde de nos racines. Demain, à l’auberge bressane de Sagy, Vivien Bernard et Jean-Louis Chalumeau dédicaceront Passé Partagé. Ce livre monumental de 280 pages compile six années d’interviews avec des anciens du territoire. Il donne la parole à ceux qui ont bâti notre présent, des gens de 70 ans jusqu’à la regrettée Louise Moissonnier qui, à 107 ans, racontait encore ses bêtises d’enfant autour du puits familial. L’ouvrage regorge de ces anecdotes qui forgent l’identité d’un pays, comme cette nuit où les pompiers de Pierre-de-Bresse ont secouru un célèbre chanteur tombé dans le fossé, ne récoltant qu’une indifférence royale en guise de remerciement.

Protéger la mémoire des hommes, c’est aussi protéger la terre qui les a nourris. Alors que le Jura vaccine massivement 140 000 bovins contre la dermatose nodulaire contagieuse pour sauver ses élevages, les Conservatoires d’espaces naturels de Bourgogne et de Franche-Comté lancent un appel aux dons pour acquérir de vieilles forêts. L’objectif n’est pas de les exploiter, mais de les sanctuariser. Pas de tronçonneuse, pas de sentier, pas de gestion. Juste le silence et le temps long du cycle biologique. Une leçon d’humilité face à la nature, qui résonne étrangement au milieu de notre agitation humaine.

Entre les coups de hache et les dons de sang, la Bresse continue de chercher son équilibre.