À Saint‑Bonnet‑de‑Joux, au Rousset‑Marizy et à Gourdon, des moutons ont été tués, blessés ou ont disparu. Quatre attaques en quelques jours. Le loup est suspecté. Dans le Charolais, sa présence n’avait plus été signalée depuis six ans. Les éleveurs sont sous le choc. Certains parlent de traumatisme. La préfecture rappelle les aides et les tirs de défense. Mais la peur, elle, ne se décrète pas.
Guillaume, éleveur à Gourdon, découvre lundi matin deux agneaux morts. L’un à moitié mangé, l’autre l’épaule dévorée. Il reconnaît aussitôt le scénario : déjà victime d’une attaque en 2020. Vingt-deux kilomètres plus au sud, Philippe et sa femme constatent des bêtes éventrées. « Je suis rentrée dans la bergerie, j’étais complètement effondrée », raconte son épouse. « Ça m’a traumatisée. Je ne dors plus. Si ça arrivait une deuxième fois, je ne reviendrais pas. » Des mots qui glacent, qui disent la détresse d’un métier déjà fragile.
En quelques jours, quatre attaques sont répertoriées : jeudi à Saint‑Bonnet‑de‑Joux, vendredi et samedi au Rousset‑Marizy, lundi à Gourdon. Une première dans cette zone. Ces dernières années, les attaques étaient plutôt recensées plus au nord du département. Le loup serait-il descendu plus bas ? La préfecture n’écarte pas sa responsabilité, mais attend les analyses de l’Office français de la biodiversité (OFB). Des constats sont en cours. Des pièges photographiques pourront confirmer la présence de l’animal.
Face à cette recrudescence, la préfecture rappelle les dispositifs existants : chiens de protection, clôtures électrifiées, avec aides financières jusqu’à 80 % pour l’achat jusqu’au 31 juillet. Des tirs de défense sont possibles, sous conditions, après déclaration. Encore faut-il que les éleveurs aient le temps et l’énergie de se former, d’installer, de surveiller. La charge est lourde, la peur aussi.
Le Charolais n’est pas nouveau dans ce combat. En 2020 et 2021, plusieurs attaques avaient déjà eu lieu, avec des bilans parfois lourds (des dizaines de moutons tués en une semaine). Les éleveurs jugent ces épisodes successifs comme une menace directe à la viabilité de leurs exploitations. Entre les charges, les normes, les prix, et maintenant le prédateur, l’équation devient intenable.
La préfecture insiste : il faut déclarer chaque attaque rapidement, pour que l’OFB puisse expertiser. Les indemnisations existent, mais elles ne remplacent pas les bêtes tuées, ni le sommeil perdu. Et si le loup est officiellement reconnu, le protocole national prévoit des plafonds de tirs. De quoi rassurer ? Pas vraiment.
Dans les chaumières du Charolais, on scrute les bois, on verrouille les parcs, on écoute les chiens. On espère que la bête repartira plus haut. On redoute qu’elle s’installe. La cohabitation avec le loup est possible, disent les techniciens. Mais pour l’éleveur qui trouve ses bêtes éventrées, la théorie ne pèse pas lourd. Seule la réalité du sang compte.
Photo de William Bradshaw