La Bourgogne-Franche-Comté a perdu près de 5 % de ses visiteurs en 2025. Une chute brutale après des années de croissance. Et pourtant, jamais la région n’avait attiré autant de touristes étrangers. Derrière ce paradoxe se cache une réalité plus nuancée, où certains secteurs s’effondrent pendant que d’autres battent des records.
73,7 millions de nuitées. C’est le chiffre clé dévoilé par Bourgogne–Franche-Comté Tourisme lors de son assemblée générale du 2 avril à Besançon. Une fréquentation en recul de 4,7 % par rapport à 2024. Dans un contexte mondial où le tourisme a pourtant retrouvé sa dynamique d’avant-pandémie, avec 1,52 milliard d’arrivées internationales, la région fait figure d’exception.
Comment expliquer ce trou d’air ? Principalement par la désaffection des touristes français. Les nuitées hexagonales ont fondu, tout comme les séjours chez la famille ou les amis, ce que les statisticiens appellent l’hébergement non marchand. Une tendance nationale d’ailleurs : en 2025, les Français ont privilégié les voyages hors des frontières, notamment sur le pourtour méditerranéen.
Mais ce tableau sombre cache des poches de résistance éclatantes. Car si les Français ont boudé la région, les étrangers, eux, se sont rués sur la Bourgogne–Franche-Comté.
L’hôtellerie traditionnelle affiche une légère progression de +0,8 %, mais ce chiffre masque une explosion des clientèles internationales : +10,7 % de nuitées étrangères, pour un record absolu de 2,1 millions de nuitées. Les Allemands, Suisses et Néerlandais restent les principaux visiteurs européens, tandis que les Américains confirment leur appétit pour la destination, avec 1 million de nuitées.
Les campings, eux, signent une année historique. L’hôtellerie de plein air enregistre plus de 3,5 millions de nuitées, un nouveau record de fréquentation en hausse de +3,7 % par rapport à 2024. Une dynamique portée à la fois par les campeurs français (+5 %) et étrangers (+2 %).
Dans le Jura, la saison estivale 2025 a connu une légère baisse de 1,3 % des nuitées par rapport à 2024, avec 2,85 millions de nuitées enregistrées. Les nuitées françaises sont restées stables, progressant même de près de 2 %, tandis que la fréquentation étrangère a chuté de 9,3 %, notamment chez les Néerlandais (-19,3 %) et les Belges (-16,3 %). Les Suisses, en revanche, continuent leur progression (+6,6 %).
Côté satisfaction, l’été 2025 a laissé des sentiments contrastés. 66 % des professionnels du tourisme se déclarent satisfaits de leur activité, un chiffre en hausse par rapport aux 60 % de 2024, mais encore loin des 71 % de 2023. Les gestionnaires de campings sont les plus satisfaits (75 % d’opinions positives), suivis des propriétaires de chambres d’hôtes (72 %). En revanche, les hôteliers ne sont que 51 % à se dire satisfaits, et la restauration a particulièrement souffert des arbitrages budgétaires des visiteurs, avec seulement 52 % d’avis positifs. Dans le Jura, on observe même une baisse des dépenses dans la restauration, même si la fréquentation est restée stable.
Pour 2026, Bourgogne-Franche-Comté Tourisme a fixé le cap : miser sur l’international. La région a participé en force au salon Rendez-Vous en France à Nice, avec 25 partenaires régionaux et plus de 1 100 rendez-vous d’affaires avec des tour-opérateurs du monde entier. Une stratégie qui s’appuie sur une tendance de fond : 65 % des Européens prévoient de rester sur le continent pour leurs vacances, et 32 % choisiront un pays limitrophe. Une aubaine pour la Bourgogne-Franche-Comté, perçue comme une destination proche et accessible.
La région modernise aussi ses outils. Le nouvel extranet Décibelles Data référence déjà plus de 77 000 offres touristiques et permet aux professionnels de mieux valoriser leur hébergement ou leur activité en ligne.
Alors, 2025, année noire ou année charnière ? La réponse est probablement entre les deux. La Bourgogne-Franche-Comté perd des touristes français mais séduit le monde entier. À elle maintenant de transformer l’essai en 2026.
Crédit Photo: © Info Bresse