Un coup de pédale, et c’est l’horizon qui s’élargit. À l’ESAT de Viennette, à Montret, les travailleurs en situation de handicap viennent de recevoir des vélos à assistance électrique, un triporteur et un vélo-cargo. Une bonne nouvelle, évidemment. Mais derrière l’image souriante de l’inauguration, une question dérangeante persiste : pourquoi faut-il qu’une association décroche un appel à projets pour que des citoyens aient simplement le droit de se déplacer ?

L’affaire est bien ficelée. L’ESAT, avec le foyer Les Tilleuls, a candidaté à un financement « Territoires en action ». Vingt mille euros. Une bouffée d’oxygène pour acheter trois vélos électriques, un triporteur et un vélo-cargo. Une respiration pour des travailleurs que l’on imagine soudain libres d’aller et venir, de livrer des colis, de pédaler sur les routes de Bresse sans dépendre d’un tiers. Tout cela est vrai, et c’est une réussite.
Ce qui cloche, c’est le chemin qu’il a fallu parcourir pour y arriver. Un appel à projets, c’est un concours. Un dossier, une sélection, un jury. Pendant ce temps, des femmes et des hommes attendent. Pas un caprice, non. Juste le besoin élémentaire de se rendre à leur travail. Dans une Bresse rurale où le moindre déplacement sans voiture relève de l’exploit, l’absence de solution de mobilité pour les plus vulnérables n’est pas une lacune. C’est une assignation à résidence.
L’ESAT de Viennette est une ruche. Soixante et un équivalents temps plein, des ateliers de volailles, d’escargots, de maraîchage, une blanchisserie, un laboratoire, un magasin. Un outil d’insertion remarquable. Mais un outil qui, jusqu’ici, devait composer avec les moyens du bord pour assurer les trajets du quotidien. L’arrivée des vélos électriques ne comble pas seulement un besoin. Elle met en lumière une carence structurelle. Elle révèle que la mobilité des personnes en situation de handicap est encore trop souvent traitée comme un luxe, soumis au bon vouloir des financements exceptionnels.
On peut se réjouir. Il faut se réjouir. Ces vélos vont changer des vies. Mais on peut aussi s’interroger sur un système où l’autonomie des plus fragiles dépend de la capacité d’une équipe à rédiger un dossier en espérant décrocher le gros lot. L’insertion par le travail ne devrait pas être une loterie.
La flotte est modeste. Mais le symbole est puissant. À Montret, on pédale enfin. Reste à savoir si, demain, d’autres structures devront, elles aussi, attendre leur part de chance.