Ce week-end, la salle des fêtes de Louhans-Châteaurenaud s’est transformée en caverne d’Ali Baba. Minéraux bruts, fossiles millénaires, pierres polies : une soixantaine d’exposants ont déballé leurs trésors pour la première édition locale du salon Passion Minéraux. Entrée gratuite, passion intacte, public au rendez-vous. Mais derrière les stands, c’est une tout autre histoire qui se joue. Une histoire de taxe nouvelle, de contrôles déguisés, et d’un président de 73 ans qui se bat pour que les petits salons de province ne meurent pas.

Patrick Bolchert est un homme calme. Président de l’association Passion Minéraux, basée dans le Jura à Chaussin, il sillonne la France avec son équipe d’une soixantaine d’exposants professionnels. Trente salons par an, un tous les quinze jours. La Bourgogne-Franche-Comté, bien sûr, mais aussi l’Alsace, la Lorraine, le Nord, et même Cahors ou Montauban. Partout où il n’y a rien, là où les grandes villes ignorent les petites.
« On préfère venir à Louhans-Châteaurenaud que d’aller faire un salon à Chalon », explique-t-il. La phrase n’est pas anodine. Elle dit beaucoup de sa philosophie. Il préfère les petites villes, celles où le public est « plus sensible », où l’entrée gratuite prend tout son sens. L’association ne fait pas de vente. Elle loue des tables aux exposants, paie la salle, investit dans la publicité. Parfois, elle gagne un peu d’argent. Parfois, elle en perd. Sur l’année, l’équilibre est là.
Mais cet équilibre est en train de se fissurer. Patrick Bolchert rapporte que, lors d’une visite au service des locations de la ville, on lui a parlé d’une nouvelle taxe sur les ventes au déballage.
Selon ses dires, une publication au Journal Officiel du lundi 11 mai 2026 instaurerait une taxation de 2 euros par mètre de table.
Pour le salon de Louhans-Châteaurenaud, avec ses 125 à 130 mètres linéaires, la facture pourrait grimper d’environ 250 euros. Pas de quoi couler l’association, mais un grignotage supplémentaire.
Le véritable problème est ailleurs. Mercredi, Patrick Bolchert reçoit un appel d’une mairie de la banlieue lyonnaise. La commune a décidé d’appliquer une taxation de 12 euros par mètre. Pour un salon de taille modeste, la facture explose. « J’ai dit : écoutez, j’annule la location. Je ne viens plus. » Le maire l’a rappelé dans l’heure pour tenter de le calmer. Trop tard. Le mal est fait.
Ce qui révolte Patrick Bolchert, ce n’est pas tant la taxe elle-même. C’est le mensonge originel. La vente au déballage a été instaurée pour lutter contre le travail dissimulé. Une formalité administrative qui devait permettre de contrôler les exposants, de vérifier qu’ils étaient en règle. « Je suis totalement d’accord avec ça », dit-il. « Mais je savais très bien que ça allait déraper. On y est. » La taxe est le détournement d’un outil de contrôle en une machine à cash.
Et ce n’est pas tout. Depuis quelques mois, plusieurs mairies lui annoncent qu’à partir de 2027, les associations ne pourront plus organiser plus de six manifestations par an. Au-delà, il faudra passer en société commerciale. Pour Passion Minéraux et ses trente salons annuels, c’est la mort programmée.
Quand on lui demande ce qu’il voudrait dire à son député, Patrick Bolchert n’a qu’une phrase : « Qu’on nous laisse travailler en paix. » Pas de subvention, pas de traitement de faveur. Juste la paix administrative. Le droit d’organiser des salons sans se noyer dans la paperasse, sans subir des contrôles fiscaux déguisés en visiteurs anonymes, sans voir les prix des salles doubler ou tripler depuis le Covid.
L’an prochain, il reviendra à Louhans-Châteaurenaud. La salle est belle, le prix est raisonnable, l’accueil est bon. Mais pour combien de temps encore ? Derrière les stands de minéraux, derrière les fossiles et les pierres polies, c’est un combat silencieux qui se joue. Le combat d’un homme de 73 ans qui refuse de voir son association étouffée par une administration devenue folle.