Trois mois de prison avec sursis, 30 000 euros de dommages et intérêts. C’est la sentence prononcée mercredi 20 mai par le tribunal correctionnel de Strasbourg à l’encontre d’une habitante de Niederbronn-les-Bains, dans le Bas-Rhin. En octobre 2024, cette femme de 62 ans avait tué à coups de bâton un jeune lynx qui s’était réfugié dans son poulailler. Une décision que le centre Athénas, unique refuge français dédié à la protection du lynx, basé à L’Étoile dans le Jura, salue comme une avancée majeure. Pour la première fois, un préjudice écologique lié à la destruction d’un lynx est reconnu par la justice.
L’affaire remonte au 18 octobre 2024. Un jeune lynx, une femelle, s’introduit dans un enclos à poules d’une zone résidentielle de Niederbronn-les-Bains. La propriétaire des lieux tente de le faire fuir, puis le frappe à plusieurs reprises à la tête avec un bâton. L’animal succombe à ses blessures. Lors de l’audience, la sexagénaire a expliqué avoir agi dans un moment de panique, pour sauver l’une de ses poules. « Une femme ordinaire qui a agi dans un moment de panique », a plaidé son avocate, qui avait demandé la relaxe.
Le tribunal en a jugé autrement. La prévenue a été condamnée pour « destruction illégale d’espèce non domestique ». Elle devra verser 30 000 euros au titre du préjudice écologique, ainsi que 25 000 euros aux associations qui s’étaient portées parties civiles, dont le centre Athénas et One Voice. L’avocat des associations, Maître François Zind, a souligné que ces indemnisations pourraient permettre de couvrir le coût d’une réintroduction d’un autre lynx. « Le but du procès, c’était notamment de montrer aux braconniers de la région que le risque financier n’est pas anodin, et le risque de prison non plus », a-t-il déclaré.
Cette décision est une première. Jusqu’ici, la destruction d’un lynx donnait lieu à des peines souvent symboliques. Pour le centre Athénas, qui a porté l’affaire devant les tribunaux, cette condamnation « constitue une jurisprudence dont nous nous satisfaisons ». L’association jurassienne précise que « la reconnaissance pour la première fois d’un préjudice écologique lié à la destruction d’un lynx » est un tournant.
Le lynx boréal est une espèce strictement protégée en France. Selon l’Office français de la biodiversité, il n’en reste qu’environ 150 individus sur l’ensemble du territoire, dont une dizaine dans les Vosges. La population est stagnante, menacée par les collisions routières et surtout par le braconnage. Chaque femelle tuée est une catastrophe pour la survie de l’espèce.
Basé à L’Étoile, dans le Jura, le centre Athénas est depuis 1987 le seul établissement français habilité à recueillir, soigner et réhabiliter les lynx blessés ou orphelins. Il couvre un rayon de onze départements, de la Bourgogne-Franche-Comté à l’Alsace. Son directeur, Gilles Moyne, rappelle que sur les 23 alertes reçues l’an dernier, seuls 11 spécimens ont pu être récupérés. « Souvent, c’est un cas de collision, ou des jeunes dont la mère est morte. La plupart du temps, quand ils arrivent chez nous, on ne peut plus rien faire. »
L’association ne se contente pas de soigner. Elle mène aussi des actions de conservation, de sensibilisation, et n’hésite plus à se porter partie civile dans les affaires de braconnage. Neuf procédures sont encore en cours pour des faits similaires. Le centre espère que la condamnation de Strasbourg servira d’exemple et marquera « la fin de l’impunité » contre les lynx. La mise en cause dispose encore de dix jours pour faire appel.
Crédit photo : Patrice Schoefolt