Préambule
Un simple échange, comme il en existe des milliers chaque jour sur les réseaux. Un mot, une réaction, un émoji. Et puis l’envie de s’arrêter un instant, de poser le micro et le carnet, pour réfléchir à ce que nous faisons. Le journaliste observe le monde. Mais qui observe le journaliste ? Cette chronique est née de ce moment suspendu. Elle ne vise personne. Elle interroge tout le monde.
Un émoji. Un simple « LOL » déposé sous un article. Le geste paraît anodin, presque dérisoire, mais il trahit une nervosité profonde. Lorsqu’un journaliste de la presse installée, habitué à distribuer les bons et mauvais points depuis des décennies, se sent obligé de répondre par une ironie numérique à une analyse qui le dérange, il ne fait pas qu’exprimer son mépris. Il signe un aveu. Il confirme que la petite rédaction qu’il croyait invisible est désormais dans son viseur. Il avoue, sans le savoir, que cette analyse a touché juste, là où le vernis des certitudes commençait à craqueler. Le guetteur, celui qui a fait profession de regarder le monde sans jamais être inquiété en retour, vient de comprendre qu’il est, lui aussi, devenu une cible.