Retraite à 65, 67 ou 70 ans ?

 

Ce que personne n’ose vraiment dire

 

Le patron de Bpifrance a remis le sujet sur la table. Il ne parle pas de durée de cotisation, pas de trimestres supplémentaires, pas de régimes spéciaux. Il parle de l’âge. Et ce qu’il dit, c’est que la France doit enfin regarder la réalité en face.

Ce sont des sujets qu’on préfère éviter. La retraite en fait partie. On en parle comme d’une promesse, d’un droit acquis, d’une fin de carrière méritée. Mais on oublie un détail : le monde a changé, et nous, on fait comme si de rien n’était.
 
L’espérance de vie augmente. Les naissances diminuent. Le nombre d’actifs par rapport aux retraités ne cesse de se réduire. Et pourtant, on continue de partir à la retraite à des âges que nos voisins européens ont depuis longtemps dépassés. En Belgique, c’est 66 ans, bientôt 67. En Allemagne, 67 ans. Au Danemark, 70 ans. En France, on campe sur des positions qui datent d’un autre siècle.
 
Le vrai problème n’est pas la durée de cotisation
Le discours officiel, c’est qu’il faut “travailler plus longtemps”. On parle de trimestres, de décotes, de surcotes. Mais ce n’est pas ça le cœur du problème.
Le vrai sujet, c’est que la France a fait un choix de société : entrer sur le marché du travail le plus tard possible, et le quitter le plus tôt possible. Résultat ? La période de la vie où l’on est vraiment adulte, où l’on produit, où l’on contribue, est devenue la plus courte. C’est une anomalie européenne.
 
Ce n’est pas un jugement moral. C’est un constat mathématique. Le système par répartition, c’est un contrat entre générations. Si les actifs sont trop peu nombreux face aux retraités, le contrat ne tient plus. On peut continuer à financer les retraites par la dette, comme on le fait depuis des années. Mais la dette, un jour, il faut la rembourser. Et ce ne sont pas les retraités qui le feront.
55 milliards d’écart avec nos voisins
 
Un chiffre donne le vertige : chaque année, la France dépense 55 milliards d’euros de plus que ses voisins européens pour ses retraites. C’est 55 milliards qui ne sont pas investis ailleurs. Dans l’éducation, la santé, la transition écologique, la défense. 55 milliards que les autres pays européens utilisent pour préparer l’avenir, pendant que nous, on les utilise pour maintenir un système qui vacille.
 
Ce n’est pas une question de gauche ou de droite. C’est une question d’arithmétique. On ne peut pas indéfiniment payer des retraites généreuses avec une population qui vieillit et une économie qui ralentit. À un moment, il faut choisir : soit on accepte de travailler plus longtemps, soit on accepte de baisser le niveau des pensions.
 
 
Il y a une certaine fierté à dire que la France protège ses retraités mieux que les autres. C’est notre “roman national”. Mais ce roman, il se termine mal. Parce qu’on n’a pas le droit de faire payer à nos enfants les erreurs de nos choix.
 
Ceux qui ont bossé toute leur vie méritent le respect. Mais ceux qui viennent après méritent aussi de ne pas être écrasés par une dette qu’ils n’ont pas contractée. La question n’est pas de savoir si on doit augmenter l’âge de la retraite, mais jusqu’où on va devoir le faire.
 
Et si on regardait ce qui se passe ailleurs ?
À une heure de train de Paris, la Belgique est à 67 ans. À trois heures, tous les pays sont à 67 ans, parfois plus. La France est entourée de gens raisonnables, comme dit l’autre. Peut-être qu’on devrait s’en inspirer.
 
Ce n’est pas une punition. C’est une adaptation. On ne vit plus comme en 1945. On ne travaille plus comme en 1980. Alors pourquoi les règles de la retraite devraient-elles rester figées ?
Ce qu’on ne vous dit pas
 
Le vrai débat, il n’est pas sur l’âge. Il est sur ce qu’on veut faire de notre société. Si on veut garder un système de retraite par répartition, il faut l’alimenter. Si on ne le fait pas, il s’effondrera de lui-même. Et ce ne sont pas les discours politiques qui le sauveront.
On peut continuer à faire l’autruche. On peut continuer à promettre des retraites à 60 ans comme si c’était encore possible. Mais la réalité, elle, ne change pas. Et elle nous rattrapera, comme elle a rattrapé tous les pays qui ont refusé de voir le mur arriver.
 
 
Et vous, qu’en pensez-vous ? Faut-il augmenter l’âge de la retraite en France ? Jusqu’où ? Ou faut-il accepter de baisser les pensions pour préserver l’âge de départ ? La question est sur la table. Elle ne va pas disparaître.