Depuis 200 ans, le Journal de Saône-et-Loire raconte l’histoire de nos villages, de nos marchés, de nos vies. Aujourd’hui, c’est son histoire à lui qui s’écrit sous le signe de la restructuration.
Le Journal de Saône-et-Loire, qui fête cette année son bicentenaire, est rattrapé par une vague de restructuration qui touche l’ensemble de la presse régionale. 19 postes sont concernés dans les deux quotidiens bourguignons dans le cadre d’un plan de départs volontaires, avec parallèlement 9 créations de postes. Une réorganisation qui mêle difficultés économiques, pression du numérique et recours à l’intelligence artificielle.
Chalon-sur-Saône : Le lundi 22 juin 2026, Sophie Gourmelen, présidente du groupe EBRA, a réuni les représentants du personnel pour un comité social et économique extraordinaire dans les locaux de Chalon-sur-Saône. L’ordre du jour : un plan de départs volontaires qui va toucher l’ensemble des neuf titres du groupe, de l’Alsace à la Provence.
Pour le Journal de Saône-et-Loire et son voisin dijonnais le Bien Public, les chiffres sont désormais connus : 19 postes sont concernés, dont des postes de journalistes, dans le cadre d’une réorganisation plus large. Le plan prévoit 15 départs volontaires, aucun licenciement, et parallèlement 9 créations de postes. La mise en œuvre interviendra à la rentrée.
Le groupe EBRA, propriété du Crédit Mutuel, compte 3 200 salariés. Il édite neuf quotidiens régionaux qui couvrent 23 départements. Le JSL, qui fête cette année 200 ans d’existence, est l’un des plus vieux quotidiens régionaux de France.
Selon les données communiquées par la direction d’EBRA, les ventes au numéro et les abonnements ont été divisés par deux en dix ans. La perte opérationnelle a dépassé les 10 millions d’euros en 2025. Face à cette situation, Sophie Gourmelen a prévenu les salariés dans un message vidéo : selon les projections internes du groupe, cette perte pourrait tripler d’ici 2030 si rien n’est fait, ce qui signifierait disparaître de certains territoires et perdre l’identité du groupe.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le plan de départs volontaires. Son objectif, selon la direction, est de préserver la viabilité du groupe en adaptant ses effectifs à une transformation profonde des modes de consommation de l’information. Le groupe mise sur le développement du numérique, des formats vidéo et audio, et sur la création d’une plateforme commune aux neuf titres.
Parmi les mesures envisagées pour redresser le groupe, le recours à l’intelligence artificielle occupe une place importante. Un outil baptisé MEPA (Mise En Page Automatique) doit automatiser certaines tâches : montage de pages, relecture d’articles, proposition de titres et de métadonnées.
La direction défend une logique de sauvegarde de l’emploi à long terme. Selon elle, l’IA permettra de faire gagner du temps aux journalistes, du temps qui pourra être consacré au terrain et au numérique. Les journalistes de terrain, assure-t-elle, seront préservés.
Les syndicats voient les choses différemment. Un journaliste du Bien Public, secrétaire du CSE pour les deux quotidiens bourguignons, a exprimé la colère des salariés face à cette annonce. Selon lui, cette automatisation se fera au détriment du savoir-faire et de l’analyse des journalistes. Les tâches de mise en page et de relecture, essentielles à la construction du journal quotidien, ne devraient pas être confiées à des machines. L’intersyndicale de l’Est Républicain et de Vosges Matin a qualifié ce plan de « saignée historique ».
Un délégué syndical du Dauphiné Libéré parle de « casse sociale en marche » et de « perte de rigueur ». Un élu du Progrès s’inquiète du timing alors que s’annonce une année électorale à très fort enjeu.
Les salariés du groupe ne sont pas restés les bras croisés. Le 18 juin, à l’appel de l’intersyndicale SNJ-CGT-CFDT, ils se sont mobilisés à Paris pour dénoncer ce plan. D’autres mobilisations sont à prévoir lorsque le plan sera effectivement mis en œuvre.
Pendant que ce plan social se prépare, le Journal de Saône-et-Loire, qui fête 200 ans d’existence et d’ancrage dans nos territoires, n’a pas encore évoqué le sujet dans ses propres colonnes. Certains médias locaux ont dénoncé ce qu’ils présentent comme une interdiction faite aux journalistes du JSL de relater la situation sociale dans leur propre journal.