La nuit a enveloppé la Bourgogne, mais elle n’a pas éteint les gyrophares. Ce mardi 6 janvier 2026, à 21 h 30, l’autoroute du Soleil offre un spectacle saisissant d’immobilité. Là où le trafic file habituellement vers Lyon ou Paris, les tracteurs de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs ont transformé le bitume en une forteresse statique. De Til-Châtel à Beaune, le préfet de région Paul Mourier maintient le territoire sous perfusion logistique, activant un arrêté qui redessine totalement la carte des déplacements pour éviter l’asphyxie de l’axe Dijon-Chalon.
L’autoroute s’est tue. La départementale encaisse.
C’est une mécanique de précision qui s’est mise en branle pour contourner les points de blocage. Sous le pilotage du Centre Opérationnel Départemental, les gendarmes orchestrent un ballet complexe sur le réseau secondaire. À Beaune Sud, les véhicules sont déviés vers la RD906 pour rejoindre Chalon-sur-Saône ou vers la RD981 pour récupérer l’axe parisien à Pouilly-en-Auxois. Ces routes, calibrées pour le local, absorbent ce soir le pouls économique de tout un quart de la France, transformant la traversée de Nuits-Saint-Georges ou d’Arc-sur-Tille en itinéraire de délestage stratégique.
Cette veillée d’armes sur l’asphalte raconte une tension qui ne peut plus se résoudre par de simples réunions. Alors que les applications de trafic virent au rouge cramoisi autour de Chalon, la consigne préfectorale de reporter tout trajet non essentiel résonne comme un aveu de fragilité. Ce soir, la fluidité, ce droit que l’on croyait acquis, est devenue l’otage d’une crise agricole qui a décidé de passer la nuit dehors pour se faire entendre.
