Il y a ceux qui subissent l’époque, et ceux qui la mettent en boîte. Samedi 28 mars prochain, sur le coup de 20 heures, la salle Marcel Sembat de Chalon-sur-Saône s’apprête à accueillir l’une des observatrices les plus féroces de notre quotidien. Anne Roumanoff débarque avec son nouveau spectacle, sobrement intitulé « L’expérience de la vie ».
Derrière ce titre aux allures de bilan apaisé se cache en réalité une véritable salle de dissection sociologique.
L’humoriste au célèbre vêtement rouge vient raconter la vie, la nôtre, avec cette tendresse ironique qui agit comme un révélateur photographique sur nos petites lâchetés et nos grandes contradictions.
La galerie de portraits annoncée ressemble à un inventaire à la Prévert de la folie contemporaine. Sur les planches chalonnaises, le public verra défiler une femme perdue dans les méandres du développement personnel, accumulant les méthodes de bien-être comme on collectionne frénétiquement les points de fidélité au supermarché. Elle croisera la route d’une bouchère de province, sommée de se « déconstruire » par l’époque mais solidement arrimée à son bon sens paysan. Le grand bazar de l’actualité s’invitera également dans la danse, télescopant sans complexe les figures de Macron, Poutine, Trump ou Einstein, dans un monde où la hiérarchie de l’information a définitivement explosé.
Le rire, chez Roumanoff, n’est jamais le fruit du hasard. C’est une mécanique de précision. Derrière la fluidité d’un sketch sur notre incapacité à exprimer nos émotions expédiant le même émoji pleurnichard pour un anniversaire ou des condoléances, se cachent des heures de travail d’orfèvre. L’écriture humoristique exige de traquer la chute qui claque, le mot qui fait mouche, dans une insatisfaction permanente. L’artiste observe cette nature humaine qui change d’emballage mais répète inlassablement les mêmes erreurs. Elle épingle cette nouvelle génération qui revendique le droit à la fatigue en exigeant de commencer plus tard pour finir plus tôt. Elle égratigne notre bonne conscience sélective, prête à accueillir la réfugiée ukrainienne idéale, jeune, blonde et éternellement reconnaissante, mais décontenancée face à la réalité d’une femme qui aurait simplement oublié son bas de pyjama dans l’urgence de l’exil.
Ces personnages, l’humoriste ne les juge pas. Elle les aime pour leurs failles et leur drôlerie involontaire. Ce samedi soir à Chalon, le spectacle promet une succession de blagues. Ce sera l’occasion de regarder notre monde à travers une vitre déformante, de rire de nos propres absurdités avant de retourner les affronter le lundi matin.
La billetterie est ouverte. L’expérience de la vie vous attend sagement au fond d’un fauteuil rouge de la salle Marcel Sembat.