Le 23 mars, lendemain du second tour des élections municipales, les maires du département découvraient le sort de leurs écoles. Cinquante-deux classes menacées de fermeture, douze ouvertures, vingt et un postes d’enseignants supprimés. La méthode et le fond alimentent la même colère.
Pourquoi le 23 mars ?
La réponse officielle tient en deux mots : période de réserve. Pendant la campagne des municipales, l’administration s’interdit de rendre publiques des décisions susceptibles d’influencer le vote. Dès les urnes closes, l’information a été libérée. Sur le plan légal, la logique est irréprochable. Sur le plan politique, elle laisse un goût amer.
Les élus, fraîchement réélus ou nouvellement installés, ont découvert la carte scolaire en même temps que le reste de la population. Aucune information privilégiée, aucune concertation préalable. Le sentiment d’un manque de considération s’est immédiatement installé. D’autant que la directrice académique, Catherine Pierre, a reconnu que certains maires sortants avaient été informés officieusement avant le scrutin. Mais rien n’avait été rendu public.
Derrière le timing, il y a les chiffres. Cinquante-deux fermetures pour douze ouvertures. Quarante classes disparaissent du paysage. Les ouvertures, elles, sont rares et localisées : quelques quartiers de Chalon-sur-Saône qui gagnent encore des habitants, et c’est à peu près tout. Ailleurs, c’est la douche froide.
L’Éducation nationale invoque la baisse démographique. En quarante ans, la Saône-et-Loire a perdu trente pour cent de ses effectifs scolaires. Les naissances se font rares, les jeunes familles partent vers les villes, les villages se vident. L’administration assure que les fermetures ne sont même pas proportionnelles à cette baisse, ce qui améliorerait le taux d’encadrement des élèves. Les classes compteraient au maximum vingt-quatre élèves, vingt-cinq dans des cas exceptionnels.
Reste une conséquence directe des fermetures : les classes à plusieurs niveaux. Dans les écoles qui résistent, on va devoir réunir CP, CE1 et parfois CM2 dans une même salle. La directrice académique entend les inquiétudes des parents, mais elle défend le modèle. Les classes multi-niveaux développeraient l’autonomie des enfants, et les enseignants sont formés à cette pédagogie.
Sur le terrain, les professeurs savent ce que ça signifie : jongler entre trois programmes, trois rythmes, trois niveaux de difficulté. La formation, souvent, se résume à quelques heures. Et les syndicats rappellent régulièrement qu’on apprend surtout sur le tas.
Autre peur des maires ruraux : les temps de transport. Si une fermeture de classe entraîne un regroupement plus lointain, leurs élèves vont-ils passer une heure dans le car ? L’Éducation nationale répond non. Seules les fermetures d’écoles complètes auraient un effet sur les trajets. Actuellement, la durée maximale est de quinze à vingt minutes. Une promesse que les élus locaux accueillent avec un scepticisme poli.
Au fond, le malaise dépasse le simple chiffre des fermetures. C’est une question de méthode, de transparence, de considération pour les territoires ruraux. La carte scolaire 2026-2027 c’est le reflet d’une fracture entre une administration qui applique ses règles et des villages qui ont l’impression de payer la facture. Encore une fois.