Fermeture

du Diam’s

Samedi soir, à Courlaoux, il n’y aura que le bruit du vent sur le parking. Le couperet est tombé, froid et administratif : un mois de fermeture pour « Le Diam’s ». La Préfecture du Jura a sifflé la fin de la récréation. Pour Damien Tocu et Enzo Scimia, les gérants, c’est le choc, l’angoisse des salaires à payer et ce sentiment d’injustice de payer pour ce qui se passe une fois la porte franchie. Et l’État a la mémoire longue : il se souvient de ce Jurassien de 50 ans, mort en août 2025 après une rixe à quelques centaines de mètres de là. L’ombre de ce drame plane encore sur la piste de danse.

Mais au-delà du fait divers et de la sanction, c’est la réaction du territoire qui fascine. C’est une fracture ouverte. D’un côté, il y a la nostalgie d’une époque révolue, celle des années 90 racontée par Mary, où l’on sortait pour 25 euros, où l’on bossait 40 heures et où la bagarre, quand elle éclatait, se réglait sans drame irréversible. « C’était notre manière de décompresser », dit-elle. De l’autre, il y a le constat amer d’une violence nouvelle, gratuite, immédiate. « Un regard, un verre renversé, et ça vire au drame. »

On sent une fatigue générale. Celle des riverains qui veulent dormir, celle des fêtards qui ne reconnaissent plus leur nuit, celle d’une jeunesse qu’on accuse de ne plus savoir s’amuser sans se détruire. Certains, comme Julien, alertent : à force de tuer le monde de la nuit, à force d’empêcher la soupape de fonctionner, on fabrique une génération d’angoissés qui finiront seuls devant leurs écrans. D’autres, plus radicaux, applaudissent la fermeture de ce qu’ils appellent des « boîtes à problèmes ».

Le « Diam’s » est devenu, malgré lui, le symbole d’un mal-être plus profond. La discothèque n’est plus ce sanctuaire de légèreté qu’elle était. Elle est devenue le déversoir d’une société sous tension. Fermer les portes pendant un mois calmera peut-être les riverains de Courlaoux, c’est certain. Mais cela ne réglera pas la question qui hante tous les esprits : pourquoi, aujourd’hui, avons-nous tant de mal à faire la fête sans que cela finisse par des gyrophares ? La nuit n’est pas coupable. Elle est juste le miroir sombre de nos journées.