Ils s’étaient donné rendez-vous sur les réseaux sociaux. « La Piraterie 4 On Top the World ». Un nom de code qui claque, une promesse de nuits rugissantes et de gomme brûlée. Mais cette fois, la préfecture de Saône-et-Loire ne les a pas laissés jeter l’ancre. Par un arrêté publié ce jeudi 10 avril 2026, le préfet a tout bonnement interdit tous les rassemblements automobiles non déclarés sur l’ensemble du département, du vendredi 17 avril 18 h au lundi 20 avril 8 h. Une mesure d’une ampleur rare, qui dit l’inquiétude des autorités face à un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
Nous sommes le 12 avril 2026. À J-5 du week-end pascal, les services de l’État sont sur le pied de guerre. L’arrêté préfectoral n° BOPSI/2026-100, signé par Flora Seguin, secrétaire générale de la préfecture, ne laisse aucune place au doute : tout rassemblement automobile non déclaré ou non autorisé est interdit sur la voie publique dans l’ensemble du département de Saône-et-Loire pendant près de trois jours. Une décision lourde de conséquences pour les passionnés de mécanique, mais que les autorités justifient par la menace que fait planer un événement bien précis.
Un rendez-vous européen de la « Piraterie »
L’événement dans le viseur des autorités s’intitule « La Piraterie 4 – On Top the World ». Annoncé sur les réseaux sociaux, il est organisé par le collectif « La Piraterie », bien connu des services de police. Selon les informations recueillies par la préfecture, ce rassemblement européen devrait mobiliser des participants venus de plusieurs pays, avec la participation annoncée des collectifs B.4.D1 (belge) et Forza Paris. Aucune déclaration préalable n’a été déposée, en violation flagrante du Code de la sécurité intérieure.
La préfecture est d’autant plus vigilante que les trois précédentes éditions de « La Piraterie » ont systématiquement donné lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre. Lors de « La Piraterie V3 », une centaine d’individus cagoulés avaient visé les policiers et gendarmes avec des mortiers d’artifice et divers projectiles. Le scénario est désormais bien rodé : un lieu gardé secret jusqu’à la dernière minute, des convois qui convergent depuis toute la France et l’Europe, et des nuits qui dégénèrent en guérilla urbaine.
Chalon-sur-Saône, janvier 2026 : le précédent qui fait froid dans le dos
Les autorités n’ont pas oublié la nuit du 24 au 25 janvier 2026. Un rassemblement non déclaré, intitulé « The Last Nightmare Takeover 2026 V3 », s’était tenu à Chalon-sur-Saône, sur le parking du centre commercial Carrefour Sud. À l’initiative des collectifs « La Piraterie » et « 69ladrift », 500 véhicules et environ 1 000 personnes avaient convergé vers la zone commerciale, paralysant le secteur pendant de longues heures. Des participants venus de Lyon, de Savoie et même de Suisse s’étaient donné rendez-vous pour une nuit de drifts, de burnouts et de tirs de mortiers. Les collectifs belge B.4.D et Forza Paris étaient déjà de la partie.
L’arrêté préfectoral du 10 avril cite également d’autres précédents qui ont marqué les esprits : le 15 novembre 2025, un rassemblement de tuning à Bourg-en-Bresse avait réuni 800 véhicules et 3 000 personnes, virant à l’émeute avec des tirs de mortiers tendus contre les forces de l’ordre et des dégradations sur les véhicules de police. Le 12 juillet 2025, 300 véhicules s’étaient rassemblés à Saint-Étienne avec des tirs de mortiers. Le 8 décembre 2024, le « RASSO XMAS » à Annecy avait mobilisé 500 participants et donné lieu à 363 infractions au Code de la route.
En Saône-et-Loire même, les zones commerciales de Varennes-lès-Mâcon, Vinzelles, Crêches-sur-Saône et Sancé Nord ont déjà servi de théâtre à des rassemblements similaires, provoquant à chaque fois des troubles à l’ordre public.
Le flou entretenu par les organisateurs sur le lieu exact du rassemblement est une tactique bien connue. L’arrêté indique que la manifestation devrait se tenir dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, mais que le département de Saône-et-Loire est « géographiquement très exposé » , soit par le passage des participants, soit pour devenir le lieu de la manifestation. Les autorités ont tiré les leçons du passé : en janvier, un rassemblement initialement prévu près de Mâcon s’était finalement déplacé à Chalon-sur-Saône à la dernière minute.
Pour parer à toute éventualité, l’interdiction s’applique à l’ensemble du département, sans exception. Les forces de l’ordre seront déployées pour contrôler les axes routiers et les zones commerciales, et tout rassemblement pourra être dissipé par la force si nécessaire.
L’arrêté est clair : tout participant à un rassemblement interdit s’expose à des sanctions pénales prévues par le Code pénal, notamment une amende de 1 500 euros (article R. 610-5) pouvant être portée à 3 000 euros en cas de récidive. Les organisateurs, eux, encourent des peines plus lourdes au titre de l’article 431-9 du Code pénal. Les véhicules pourront être immobilisés et mis en fourrière.
Ce nouvel épisode illustre la difficulté croissante des autorités à anticiper et à contrer ces rassemblements éclairs, organisés en quelques clics sur des boucles Telegram ou des groupes Facebook privés. La préfecture de Saône-et-Loire, comme celles de la Drôme et de l’Ardèche avant elle, a choisi la manière forte : l’interdiction préventive sur tout le territoire. Une stratégie qui a prouvé son efficacité par le passé, mais qui soulève aussi la question de la place laissée aux passionnés d’automobile qui souhaiteraient se rassembler légalement.
En attendant, les nuits du 17 au 20 avril s’annoncent sous haute surveillance en Saône-et-Loire. Les gendarmes et policiers seront sur le pont. Et les amateurs de sensations fortes sont prévenus : cette fois, la Piraterie n’abordera pas les côtes de Saône-et-Loire sans être arraisonnée.