Le vaccin contre la mort des entreprises

C’est une statistique qui glace le sang de quiconque a déjà rêvé de monter sa propre affaire :

chaque année, près de la moitié des entreprises ferment leurs portes avant d’avoir fêté leur cinquième anniversaire.

La réalité de la création d’entreprise est souvent cruelle, faite de solitude et de compétences qu’on ne maîtrise pas. Pourtant, l’envie est là. L’année dernière, 1 398 entreprises ont vu le jour sur notre territoire de la Bresse Bourguignonne. Une dynamique supérieure à la moyenne nationale (6,6 % de créations supplémentaires contre 4,8 % en France), portée par l’attractivité de nos campagnes et la quête d’indépendance.

Mais face à la mortalité infantile des jeunes pousses, comment transformer l’essai ? La réponse a pris forme ce mardi 10 mars 2026, au 9 rue des Dodanes à Louhans, avec le lancement officiel de « BresseIncub ».

Jusqu’à présent, Bresse Initiative jouait le rôle de boussole. L’association accueillait, conseillait, et orientait les porteurs de projet vers ses partenaires comptables ou bancaires. Mais Adeline Gorrand, arrivée mi-octobre pour prendre en charge la mission entrepreneuriat, a vite identifié la faille du système. L’orientation créait une rupture. Les futurs patrons étaient lâchés dans la nature, sans que l’on sache vraiment s’ils concrétisaient leur idée ou s’ils abandonnaient en chemin. BresseIncub est né de cette volonté de créer un cordon ombilical solide. L’ambition n’est plus seulement de donner une direction, mais de devenir un “couteau suisse” pour l’entrepreneur. Le principe est mathématique : 80 % des entreprises qui survivent au-delà de cinq ans ont été accompagnées dès leur genèse.

Le programme s’étale sur douze semaines intensives. Dans les nouveaux locaux louhannais, les créateurs se réunissent une fois par semaine en groupe pour briser l’isolement, complétés par des rendez-vous individuels pour traiter les points de blocage. Adeline Gorrand, forte d’une quinzaine d’années d’expérience dans le commerce, le marketing et la formation, n’est pas là pour faire de la théorie. Sa méthode repose sur l’action et la réaction. Il s’agit de challenger le futur dirigeant, de le pousser dans ses retranchements sur sa communication, son modèle économique, sa comptabilité ou son « pitch » commercial.

S’il maîtrise son cœur de métier, il doit aussi apprendre à endosser les multiples casquettes du chef d’entreprise pour dialoguer d’égal à égal avec son banquier ou son comptable.

Chaque participant est également épaulé par un mentor, un entrepreneur aguerri du territoire, avant l’épreuve finale : une soirée de présentation devant le tissu économique local, dont la première édition se tiendra le 15 juin chez Actibois.

Ce dispositif ambitieux ne pourrait exister sans une architecture financière et humaine robuste. Sur les 13 000 structures que compte le territoire, l’enjeu de l’accompagnement est massif. BresseIncub est soutenu par les quatre communautés de communes (Bresse Intercom) et s’appuie sur des partenaires de poids comme le Crédit Agricole, ou encore  LEDONIA EXPERTISE .

Comme l’a souligné Vincent Gravallon, responsable de dossier chez LEDONIA EXPERTISE , l’impact d’un tel accompagnement est évident : un business plan travaillé avec des experts n’a pas la même solidité qu’un document improvisé seul dans son salon. C’est un gage de confiance immédiat pour les financeurs.

La force de Bresse Initiative réside dans cette proximité. Contrairement à des réseaux nationaux très sélectifs, l’agence louhannaise ne refuse personne, sauf si le projet s’avère économiquement suicidaire.

Cette année, trois sessions de douze semaines sont programmées pour les créateurs, avec une première promotion dont le jury s’est tenu ce jour. Mais l’innovation va plus loin. L’association lance en parallèle un second dispositif, destiné cette fois aux entreprises déjà créées qui cherchent un second souffle ou souhaitent passer à l’échelle supérieure. Douze ateliers étalés sur l’année pour rebooster, structurer et recruter. Dans ce paysage Bressan où les agences de développement économique locales se raréfient, la Bresse Bourguignonne prouve qu’elle a compris l’essentiel : pour récolter de l’emploi, il faut d’abord semer de l’accompagnement.