Louhans-Châteaurenaud, cinq listes : anatomie d’une démocratie locale

Ils seront cinq. Cinq noms sur cinq bulletins. Étienne Clerc, Christine Buatois, Guillaume Badet, Patrice Lankar, Frédéric Bouchet. Le 15 mars, à Louhans-Châteaurenaud, on vote. Mais derrière l’arithmétique électorale, c’est toute une ville qui se prépare à en découdre.

Car cinq listes, ce n’est pas seulement cinq programmes. C’est cinq egos, cinq ambitions, cinq façons de détester son voisin. Et dans une sous-préfecture bressane, la politique a parfois des allures de tragédie grecque jouée en costumes trois-pièces.

 

Car cinq listes, ce n’est pas seulement cinq programmes. C’est cinq egos, cinq ambitions, cinq façons de détester son voisin. Et dans une sous-préfecture bressane, la politique a parfois des allures de tragédie grecque jouée en costumes trois-pièces.


Le maire et ses fantômes

Frédéric Bouchet brigue un troisième mandat. Il étale ses réalisations comme d’autres étalent leur linge : « Ce qui a été fait », répète-t-il dans les interviews, l’air de celui qui n’a pas de comptes à rendre.

Sauf que les comptes, justement, on les lui réclame.

Le 26 février, au dernier conseil municipal avant le scrutin, l’ambiance était électrique. Une heure de calme plat, puis l’orage. Christine Buatois, Patrice Lankar, Lionel Juillard (de la liste Badet) attaquent sur le budget 2026. Bouchet serre les dents, puis explose : « Je ne vous permets pas. »

Il parlait de « propos désobligeants ». Traduction : ça chauffait dans l’hémicycle.

Le problème, c’est que ces mêmes opposants étaient absents au débat budgétaire du 15 janvier. Absents quand il fallait travailler, présents quand il faut attaquer. Comme un air d’élections qui flotterait sur la mairie. Comme si la démocratie locale se réveillait seulement à l’approche des urnes.


Le cinéma de la discorde

Si un sujet cristallise les haines, c’est bien le cinéma. 2,8 millions d’euros. Une réhabilitation portée par la majorité sortante, et critiquée par à peu près tout le monde.

« Une grosse part de risque », soufflent les opposants, prudents dans la forme mais ravageurs sur le fond. Le mot est lâché : risque. Risque financier, risque politique, risque de se planter avec l’argent des contribuables.

En décembre, malgré l’approche des élections, les délibérations sont passées en express. Comme si la majorité voulait boucler le dossier avant que le vent ne tourne. Les critiques, elles, n’ont pas désarmé. Mais proposer autre chose, non. Juste dire non. Juste être contre.

La politique, parfois, c’est ça : une collection de refus qui ne dessinent jamais une alternative.


Les chiffres et les mots

3,6 millions d’euros de dépenses d’investissement en 2025, contre 5 millions en 2024. 3,8 millions d’euros de dette estimée fin 2025. Une capacité de désendettement à 4,6 ans. Et depuis six ans, pas d’augmentation de la part communale des impôts.

Bouchet brandit ces chiffres comme un bouclier. Regardez, dit-il, la gestion est saine, la fiscalité stable.

Mais les opposants regardent ailleurs. Ils regardent le cinéma à 2,8 millions. Ils regardent ce qu’on aurait pu faire avec cet argent. Ils regardent ce qui n’a pas été fait sécurité, économie, culture et dont personne ne parle vraiment parce que personne n’a de bilan à vendre.

La vérité, c’est que les chiffres ne mentent pas, mais qu’ils ne disent jamais tout. Et qu’en campagne, chacun tire la couverture à soi.


Les absents et les présents

Un détail, peut-être, mais qui dit tout.

Le 15 janvier, Christine Buatois, Patrice Lankar et Lionel Juillard brillent par leur absence au débat budgétaire. Le 26 février, ils sont là, virulents, offensifs. Comme s’ils étaient montés en réserve, économisant leurs forces pour la dernière ligne droite.

Cette absence, Bouchet la leur rappellera sans doute, en privé, dans ces apartés que les conseils municipaux autorisent. Mais en public, il encaisse. Il n’a pas le choix.

Être maire, c’est ça aussi : sourire à ceux qui vous attaquent, serrer la main de ceux qui vous trahissent, et faire comme si tout cela était normal.


Ce que cinq listes veulent dire

Alors, cinq listes. Cinq candidats qui se détestent plus ou moins poliment, qui s’invectivent à coups de « Je ne vous permets pas », qui s’épient, se jaugent, se tendent des pièges.

On peut trouver ça triste, fatiguant, médiocre. On peut soupirer devant ce théâtre d’ombres où les ego pèsent plus lourd que les idées.

Mais c’est ainsi que la démocratie tient debout. Dans ces petites phrases qui claquent, dans ces absences qui en disent long, dans ces projets qu’on défend bec et ongles ou qu’on enterre sans le dire.

Dimanche soir, il y aura un vainqueur et quatre vaincus. Des sourires et des mines déconfites. Des promesses tenues et d’autres qu’on oubliera.

Et puis, le lendemain, il faudra gérer. Le cinéma, les impôts, les oppositions, les absents, les présents. Tout ce qui fait une ville. Tout ce qui fait qu’on l’aime ou qu’on la quitte.

Cinq listes à Louhans-Châteaurenaud. C’est peut-être juste le bruit de la démocratie qui respire. Un peu fort, un peu faux, un peu vrai.

Comme toujours.