Le ballet incessant des poids lourds, transformant la traversée des villages pittoresques du Jura et du Doubs en couloir de stress et de bruit, touche à sa fin. Depuis ce 1er janvier 2026, un verrou administratif majeur a été posé pour protéger la RN83. Les préfets du Doubs et du Jura ont tranché dans le vif par un arrêté commun : l’axe reliant l’A39 à l’A36, entre Bersaillin et Besançon, est désormais interdit aux camions de plus de 7,5 tonnes en simple transit. C’est la fin d’une anomalie qui voyait des colonnes de semi-remorques traverser nos campagnes non pas pour y livrer, mais uniquement pour éviter les péages autoroutiers.
Le constat dressé par les services de l’État était accablant. Près de la moitié des camions empruntant cette route ne faisaient que passer, guidés par la seule logique économique ou l’algorithme aveugle d’un GPS cherchant l’itinéraire le moins cher. Ce trafic parasite, représentant jusqu’à un tiers des véhicules sur certains tronçons, a transformé des bourgs comme Arbois, Poligny ou Quingey en zones à risque, menaçant la sécurité des piétons et la tranquillité des riverains sans apporter la moindre valeur ajoutée à l’économie locale.
La mesure est chirurgicale.
Elle ne vise pas à paralyser l’activité régionale, bien au contraire. Les transporteurs ayant leur origine, leur destination ou leur siège en Saône-et-Loire, tout comme dans les départements limitrophes (Doubs, Jura, Ain, Haute-Saône, Territoire de Belfort), restent autorisés à circuler. Le filtre est posé pour bloquer les flux internationaux ou nationaux qui n’ont rien à faire sur une nationale non équipée pour le stationnement sécurisé des chauffeurs.
En renvoyant ces mastodontes sur l’autoroute, l’État rappelle une priorité oubliée : une route nationale est un lien de vie pour ses habitants, pas une variable d’ajustement comptable pour la logistique européenne.
