Puis, la machine s’est emballée. Ce modeste comité a accouché d’un événement devenu incontournable : la Foire aux livres de Saint-Usuge. Pour sa troisième édition, qui se tiendra le dimanche 8 mars 2026, de 9 heures à 18 heures, à la salle des fêtes Paul Grandjean, Salle des fêtes de Saint-Usuge. la modeste association déploie une force de frappe impressionnante. Jean-Claude Chasles en parle avec un mélange de fierté et d’étonnement face à l’engouement suscité par les inscriptions. Dès le mois de septembre, la moitié des places étaient déjà réservées. Fin novembre, les guichets étaient définitivement clos devant l’afflux des demandes.
Le jour J, ce sont près d’une quarantaine de créateurs régionaux qui investiront les lieux. Sous l’impulsion de la présidente Hélène Perratté, le spectre culturel s’est élargi bien au-delà du roman classique. Le public y croisera des témoignages, des documentaires, des illustrateurs de bandes dessinées, des mangakas, un caricaturiste, et même une exposition de peinture, sans oublier un espace refuge dédié aux livres d’occasion. Pour porter ce projet, l’équipe passe de six à douze bénévoles, une escouade chargée de monter une cinquantaine de tables et d’orchestrer une logistique millimétrée. La communication, pilotée par Denis Perratté, inonde les réseaux et la presse locale, poussant l’exigence jusqu’à la création d’une vidéo promotionnelle sous-titrée pour les personnes sourdes et malentendantes.
Le véritable supplément d’âme de ce salon se trouve dans le traitement réservé à ceux qui tiennent la plume. Les auteurs bénéficient d’un parking privatisé, et sont accueillis gracieusement avec un café fumant et un petit gâteau. Derrière ces attentions se cache une philosophie féroce et lucide, résumée par une phrase percutante de Jean-Claude Chasles : « Toute la publicité que nous faisons est destinée à amener le plus de public possible. Ce n’est pas pour nous. C’est surtout les auteurs, quand ils viennent passer une journée, c’est pour vendre des livres. Ce n’est pas pour le plaisir d’être un dimanche avec nous. »
Tout est dit. Dans un milieu où la culture aime parfois se regarder dans le miroir, les Amis de Charangeroux ont compris l’essentiel. Ils savent que l’écriture est un métier difficile et que les écrivains ont besoin de lecteurs avant d’avoir besoin de compliments. Alors, ils portent les tables, ils tractent, ils ouvrent la buvette, et ils s’effacent. Le dimanche 8 mars prochain, l’entrée sera libre à la salle Paul Grandjean. Les visiteurs y trouveront des livres, bien sûr, mais ils y trouveront surtout le résultat d’une solidarité rurale qui a décidé, un jour d’hiver, d’offrir une vitrine aux mots des autres.