Entre la Côte‑d’Or et la Saône‑et‑Loire, la vie du territoire s’écrit chaque jour dans des histoires ordinaires et parfois exceptionnelles. Voici quelques‑unes de celles qui ont marqué les derniers jours. De la lutte contre le tabac aux préparatifs de la Saint‑Vincent, en passant par les escargots de Bourgogne, les concerts dans le noir ou la colère des parents d’élèves : un tour d’horizon des nouvelles qui font bouger notre région.
Daniel Rondeau, d’Is‑sur‑Tille : un poumon en moins, le goût de la vie retrouvée
À Is‑sur‑Tille, Daniel Rondeau a soixante‑treize ans. Il a commencé à fumer à l’armée, à vingt ans. Quarante ans plus tard, une tumeur dans le poumon. On lui a enlevé le poumon gauche. « Je pensais bien que c’était la fin », dit‑il simplement. Mais il s’en est sorti. Aujourd’hui, il vit avec un seul poumon, et il fait du vélo. « Quand ça monte, il faut ralentir, mais ça va pas trop mal. » Il s’interrompt, sourit. « Je suis anti‑vélo électrique, moi. C’est les vélos qu’on marche. » Ce qui le frappe, c’est la beauté du monde qu’il avait oubliée. « Je me lève de bonne heure, je fais un tour. Tous les petits oiseaux, les machins… C’est super. » Son histoire, c’est celle du Mois sans tabac. Mais c’est aussi celle d’un homme qui a failli mourir et qui, depuis, ne se lasse pas de vivre.
Autour de lui, des professionnels de santé l’accompagnent. Le réseau Tabacir, en Bourgogne, réunit médecins, sages‑femmes, infirmiers, psychologues. Ils prescrivent des substituts nicotiniques remboursés, distribuent des kits agenda, roue pour calculer le coût du paquet, cahier de coloriage. « Une envie de fumer dure quelques minutes », explique Anne‑Laure Bonis, médecin en Côte‑d’Or. « Un verre d’eau, un coup de téléphone, et l’envie passe. » Denis Clément, président de l’Association bourguignonne des insuffisants respiratoires, admire ceux qui arrêtent. « On en laisse beaucoup sur le bord de la route », dit‑il. Mais il y a des miraculés, comme Daniel.
À Ladoix‑Serrigny, la Saint‑Vincent se prépare dans les salons des couturières
À Ladoix‑Serrigny, village de mille huit cents âmes, on se prépare depuis deux ans à la Saint‑Vincent Tournante. C’est la fête des vignerons, les 25 et 26 janvier prochains. Entre cinquante et soixante‑dix mille visiteurs sont attendus. Alors les habitants se sont organisés. Cinq quartiers, cinq thèmes : la forêt, le vin, la vigne, la rivière, les carrières. Dans le quartier de la forêt, une dizaine de femmes se retrouvent deux fois par semaine dans le salon de Sophie. Elles fabriquent des fleurs en papier. « On a commencé en mars 2023 », raconte Sophie. « Maintenant, on doit être à plus de quinze mille fleurs. » Elles ont aussi confectionné un Saint‑Vincent géant, six mètres de haut, plus d’une tonne de ferraille. « On espère qu’il restera après, quelque chose qui tienne dans le temps », dit Julien Monjot, responsable de la décoration. La fête n’a pas encore eu lieu, mais les petites mains sont déjà à l’œuvre, dans le silence des après‑midi, entourées de papier crépon et de fil de fer.
L’escargot de Bourgogne : une filière discrète qui cherche sa reconnaissance
Alice Cubillet est chargée de mission filière escargot à la Chambre d’agriculture de Côte‑d’Or. Elle a un poste créé pour défendre une production méconnue. Car l’escargot de Bourgogne, le vrai, est une espèce sauvage protégée. Ce qu’on mange le plus souvent, c’est du petit‑gris ou du gros‑gris élevé en Bourgogne. « Aujourd’hui, quand on trouve de l’escargot de Bourgogne, on peut être sûr qu’il vient d’ailleurs », prévient‑elle. Un label est en projet, mais il faudra des années.
En attendant, les producteurs innovent. Ils font des « croquis », des biscuits apéritifs fourrés à l’escargot, au comté, au roquefort, aux champignons. Ils font aussi des tartinables, des sortes de saucisses. « On peut tout faire avec les escargots », sourit Alice Cubillet. Les fêtes de fin d’année représentent cinquante à quatre‑vingt pour cent de leur chiffre d’affaires. Alors en ce moment, ils sont enfermés dans leur laboratoire, à transformer, à mettre en coquille, à préparer les marchés. Une filière discrète mais vivante, qui attend sa reconnaissance.
Yves Jamait dans le noir : un concert pour les yeux fermés à Dijon
L’association « Les Yeux en promenade » réunit des personnes non‑voyantes et malvoyantes. Sa présidente, Dominique Bartucca, a eu une idée : inviter Yves Jamait à donner un concert dans le noir. Le chanteur dijonnais a accepté tout de suite. Le principe : le public et les musiciens portent un bandeau. On écoute sans voir, on ressent avec d’autres sens. « Ce qui est important, c’est que vous ressentiez comme nous ce qu’on vit », explique Dominique Bartucca. « Avec d’autres perceptions, d’autres sensations, vous allez comprendre la musique autrement. » Le concert a lieu samedi 9 novembre à la salle des Vosges, à Dijon. Une expérience unique, un partage entre ceux qui voient et ceux qui ne voient pas, où l’on découvre que la musique n’a pas besoin de lumière pour éclore.
À Bussy‑le‑Grand, les fléchettes font leur nid et rêvent de Dijon
À Bussy‑le‑Grand, le club des Darts du Lossois fête son premier anniversaire. Dimanche, il organisait un tournoi solidaire pour Octobre rose, en partenariat avec l’association « Avec la 2 Rose ». Une quarantaine de joueurs se sont affrontés. Les fonds récoltés seront reversés à des hôpitaux locaux. Le président, Ange Legay, rêve d’un club à Dijon. « Il n’y a pas de structure sur le Dijonnais », regrette‑t‑il. « Celui qui aura l’idée d’ouvrir un club de fléchettes à Dijon aura facilement cent personnes en deux mois. » En attendant, les entraînements ont lieu tous les vendredis soirs à Bussy‑le‑Grand. Une discipline qui rassemble, qui ne fait pas mal (sauf au porte‑monnaie des perdants), et qui pourrait bien essaimer.
Carte scolaire : à Arnay‑le‑Duc et ailleurs, les parents se mobilisent
À Arnay‑le‑Duc, l’école Pierre Meunier risque de perdre une classe à la rentrée. La colère monte. Des parents se sont rassemblés hier, d’autres communes sont logées à la même enseigne : Til‑Châtel, Varanges, Ladoix, Serrigny. Le rectorat de Dijon prépare sa carte scolaire, et les villages s’inquiètent. Un grand rassemblement est prévu lundi devant le rectorat. La mobilisation est là, pour dire qu’une classe, dans une commune rurale, ce n’est pas une ligne sur un tableau de bord, c’est la vie du village, le maintien des services, l’avenir des enfants.
Marsannay‑la‑Côte, une terre ancestrale : un documentaire pour ne pas oublier
Abdellali Raski aime filmer les gens de chez lui. Déjà auteur de documentaires sur Chenôve, il présente demain soir à la Maison de Marsannay un nouveau film : « Marsannay‑la‑Côte, une terre ancestrale ». Une association locale, Alter, lui a demandé de raconter leur territoire. « Ils n’avaient pas trouvé ce genre de film sur Marsannay », dit‑il. Il a travaillé quatre mois. La projection est libre et gratuite. En attendant, on peut voir jusqu’à ce soir au Cèdre (Chenôve) son exposition « Mamie Belle », vingt‑cinq portraits de grands‑mères. Chaque photo raconte un geste, un objet. Les visiteurs sont invités à mettre eux‑mêmes des titres, à interpréter. Une façon de partager la mémoire.
La Foire de Dijon fête ses cent ans : du Japon, de la Polynésie et des saveurs
La Foire internationale et gastronomique de Dijon a ouvert ses portes. Elle dure douze jours, jusqu’au 12 novembre. Cent cinquante mille visiteurs l’an passé. Quatre cents exposants, dont vingt pour cent de nouveaux. Pour la première fois, un village international met à l’honneur le Japon (régions de Nagasaki, Hiroshima, Kumamoto) et la Polynésie française. Deux journées thématiques : seniors le 6 novembre, gastronomie responsable le 9. L’histoire de la foire commence en 1921, quand le maire Gaston Gérard la crée place de la Libération, avant qu’elle ne migre vers le Palais des Ducs, puis le Palais des Expositions. Un siècle plus tard, elle reste le rendez‑vous incontournable des Bourguignons, où l’on vient chercher des idées, des saveurs, et un peu de chaleur avant l’hiver.
Acheter en circuit court : une économie de 150 euros par an
Valère Corréard rappelle une vérité simple : acheter ses fruits et légumes en circuit court, c’est moins cher. Selon l’UFC Que Choisir, les produits conventionnels y sont 6 % moins chers, et les produits bio 13 % moins chers. Une économie annuelle d’au moins cent cinquante euros pour une famille. « C’est ce qu’on appelle d’une pierre deux coups », dit‑il. On soutient les producteurs, on mange de saison (pas de fraises en novembre), on réduit l’empreinte carbone. Les marchés, les fermes (réseau « Bienvenue à la ferme »), les magasins de producteurs : les occasions ne manquent pas. Un geste simple qui fait du bien au porte‑monnaie et au territoire.
Les écureuils roux de Bourgogne : des voisins discrets mais précieux
Florence Galice avait invité des enfants à poser des questions. Agathe, dix ans, se demandait s’il y avait beaucoup d’écureuils en Côte‑d’Or. Bernard Marchiset, de la LPO Bourgogne, a répondu : l’écureuil roux est la seule espèce en France. On peut le voir surtout avant le printemps, quand les arbres sont encore dénudés. « Il n’est pas facile à voir », dit‑il. « Il faut des jumelles, de la patience. » Les enfants racontaient qu’ils déposaient des noisettes pour eux. L’écureuil oublie souvent ses réserves, ce qui fait pousser de nouveaux arbres. Un petit maillon de la biodiversité, discret mais essentiel.