Longtemps, franchir les portes de l’hôpital est resté un acte de foi. On s’en remettait à la blouse blanche, aux murs épais et à une réputation qui circulait par le bouche-à-oreille, souvent vague, parfois injuste. On savait si l’on était guéri, mais on ignorait souvent comment on avait été soigné. Cette ère du secret par défaut est en train de s’achever.
Un arrêté, daté du 18 février 2026, vient de signer la fin de l’opacité pour tous les établissements de santé, y compris notre Centre Hospitalier de la Bresse Louhannaise. Ce texte technique porte en lui une petite révolution : la qualité des soins ne sera plus une affaire d’initiés, mais une donnée publique.
Dès cette année, une batterie d’indicateurs les IQSS devra être affichée, accessible, disséquée. « Indicateurs de Qualité et de Sécurité des Soins »
Les IQSS, élaborés par la Haute Autorité de santé (HAS) en concertation avec professionnels et usagers, mesurent de manière fiable un état de santé, une pratique ou un événement indésirable dans les établissements. Ils évaluent la qualité des processus, l’organisation et les résultats des soins, servant d’outil d’amélioration continue et de comparaison entre hôpitaux. Introduits depuis les années 2000 pour répondre à la demande de transparence, ils deviennent obligatoires via l’arrêté du 18 février 2026, avec une diffusion publique accrue dès cette année.
Ce sont des réponses aux angoisses silencieuses des patients. Quand on publie un score sur la « prise en charge de la douleur », on dit concrètement à la famille qui attend : « Ici, on ne laisse pas souffrir inutilement ». L’orsqu’on mesure la qualité de la « lettre de liaison à la sortie », on garantit que le médecin traitant de Cuisery ou de Sornay ne sera pas laissé dans le brouillard après l’hospitalisation. La qualité quitte le domaine de l’abstraction pour devenir une boussole.
L’enjeu est colossal, car l’État a décidé de lier une partie du budget des hôpitaux à ces résultats.
La transparence devient une arme financière. Pour l’établissement de Louhans, c’est un défi de vérité. Il ne s’agira plus seulement de dire « nous sommes certifiés », mais de montrer, chiffres à l’appui, comment on lutte contre les infections nosocomiales, comment on écoute le patient, comment on assure la traçabilité des actes. C’est une mise à nu, parfois brutale, mais nécessaire.
Cette réforme redonne le pouvoir à l’usager. Elle transforme le patient, souvent passif, en citoyen éclairé capable de comparer. Bien sûr, un indicateur ne mesurera jamais la douceur d’une main sur une épaule ou le dévouement d’une infirmière de nuit en sous-effectif. L’humain débordera toujours des cases Excel.
Mais savoir que derrière les murs, la machine est obligée de rendre des comptes sur sa propre rigueur, c’est une victoire pour la démocratie sanitaire. À Louhans comme ailleurs, la confiance ne se décrète plus, elle se prouve.