Caroline Jacquot range ses produits au CBD. Un ordre de la DGAL, en application d’un règlement européen sur les nouveaux aliments, l’y contraint depuis le 15 mai 2026. Tisanes, huiles, bonbons, chocolats : tout ce qui contenait du cannabidiol doit disparaître de la vente. À Baudrières, en Bresse chalonnaise, c’est une diversification patiemment construite qui vacille.

Le texte sur lequel s’appuie la DGAL n’est pas nouveau. Le règlement européen de 1997 sur les « nouveaux aliments » impose une autorisation de mise sur le marché pour tout produit qui n’était pas consommé de manière significative dans l’Union avant cette date. La procédure d’évaluation, pilotée en France par la Direction générale de l’alimentation, prévoit un dossier examiné par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Une fois l’autorisation délivrée, le produit est inscrit sur une liste officielle. Le CBD alimentaire n’a jamais franchi ce cap. Jusqu’ici toléré, il est désormais interdit.
Pour Caroline Jacquot, ce rappel à la loi est un coup de frein brutal. L’histoire de la Basse-cour de Caro commence en 2016 par un élevage de volailles en plein air. Le confinement, puis l’envie de se diversifier. Le déclic vient du fils, Théo. Il parle de chanvre, de CBD, de ses mystères. La famille prend la route, direction la Drôme, chez une pionnière. Le mari et le fils y passent une journée. Théo y retourne pour une semaine de stage, pour apprendre à transformer la plante. En mai 2021, une centaine de pieds de chanvre prennent racine derrière la ferme.
Très vite, la production s’étoffe. Aux fleurs brutes s’ajoutent des huiles, des infusions, des bières, des chocolats. Tout est transformé sur place ou avec des artisans locaux. L’exploitation prend un nom, Family Chanvre & Piment de Bresse, et entame une conversion en bio en mars 2025. Le chanvre n’a rien d’une culture marginale. La France en est le premier producteur européen, le deuxième mondial, avec près de 1 550 producteurs recensés en 2024. Pour beaucoup, le CBD représentait une diversification vitale, un revenu complémentaire capable d’amortir les aléas climatiques et les saisons capricieuses.
L’ironie est cruelle. Le CBD sous forme de fleur à fumer, lui, reste autorisé. Les infusions, les bonbons, les huiles sont bannis. Le gouvernement n’a communiqué aucune mesure d’accompagnement. La Confédération paysanne dénonce une menace pour la filière. L’Union des professionnels parle d’une aberration qui pourrait mettre en danger plus de 2 000 boutiques spécialisées et sacrifier les petits producteurs au profit de modèles industriels.
À Baudrières, Caroline Jacquot doit retirer de la vente une large partie de sa production. Le temps presse. Sans une intervention rapide des pouvoirs publics, c’est tout un pan de son activité qui risque de disparaître.
Dès l’annonce de l’interdiction, Caroline Jacquot a interpellé plusieurs parlementaires. La sénatrice de Saône-et-Loire, Marie Mercier, a contacté le ministère de l’Agriculture. Une rencontre avec les producteurs est prévue. L’espoir réside dans la nature même de cette décision : une mesure administrative, pas une loi. Un simple arrêté peut être défait par un autre arrêté.