Une page de l’Histoire de France se tourne. Bernadette Chirac n’était pas seulement l’épouse d’un Président. Elle était une figure politique à part entière, une femme discrète devenue une icône populaire. Colette Petitjean retrace ce destin hors norme, de l’aristocratie provinciale à l’Élysée, de l’ombre de Jacques Chirac à la lumière de l’affection des Français. Un hommage sobre et documenté.

Écrit par Colette Petitjean
Bernadette Chirac, épouse du Président de la République Jacques Chirac, et femme politique, est décédée à l’âge de 93 ans.
C’est leur fille Claude Chirac qui a annoncé le décès, vendredi 5 juin 2026, « paisiblement, entourée des siens ». C’est une vie hors normes qu’a vécue Bernadette Chirac, née Chodron de Courcel.
Et un hasard improbable qui a permis cette union presque contre-nature entre une jeune fille de « bonne famille » appartenant à la grande aristocratie française, avec le fils d’un couple de modestes instituteurs républicains.
Réunis par Sciences Po où tous deux poursuivent leurs études, l’un étant parmi les plus brillants étudiants de la promotion, l’autre, travailleuse aux résultats beaucoup plus modestes.
Sa discrétion d’étudiante contraste avec le panache et l’ambition de Jacques Chirac, qui pourtant l’avait repérée et sans doute adoubée comme une parfaite coéquipière dans un partenariat au service de ses ambitions les plus hautes. Ce mariage a eu pour ciment la politique pendant six décennies, l’un faisant la courte-échelle à l’autre et réciproquement en fonction des élections et des circonstances.
Animés tous deux de la même passion pour la politique, c’est d’abord Bernadette qui sert la carrière politique de son époux, depuis son premier poste comme « chargé de mission pour la construction, les travaux publics et les transports » en juin 1962, jusqu’à son élection à la Présidence de la République, en 1995. Pour l’aider au mieux, elle avait auparavant abandonné ses études à Sciences Po et appris à dactylographier les cours de Jacques à l’E.N.A. Très vite, Jacques Chirac franchit les étapes, rejoignant le cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, devient Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, plusieurs fois Secrétaire d’État et Ministre, Député de Corrèze, Maire de Paris, fonde le R.P.R. (Rassemblement pour la République) en 1976, avant d’accéder à la fonction suprême de Chef de l’État en 1995.
NDLR : le RPR succède à l’UDR (Union des Démocrates pour la République), parti gaulliste, qui se transformera ensuite en UMP (Union pour un Mouvement Populaire) né de la fusion du RPR, de Démocratie Libérale (DL) et du Mouvement des Réformateurs (MDR). L’UMP change de nom et devient LR (Les Républicains), eux-mêmes divisés aujourd’hui entre le « canal historique » de LR et le mouvement créé par Éric Ciotti, l’UDR (Union des Droites pour la République), reprenant l’ancien nom du parti du Général de Gaulle, l’UDR.
Toujours Bernadette est là, fidèle au poste, indéfectible « collaboratrice », l’accompagne dans son ascension de ses judicieux conseils et l’encourage dans les moments difficiles.
Maire de Paris et Député de Corrèze, Jacques Chirac veut conserver son implantation départementale et provinciale, et décide que sa femme, Bernadette, ira le représenter sur « ses terres ».
Très modestement, Bernadette qui n’a pas encore d’ambition politique pour elle-même, devient conseillère municipale de Sarran (Corrèze) où les Chirac ont acheté en 1969 le château de Bitty, dont ils feront par la suite le fief de campagne de Bernadette. Elle devient en 1977 deuxième adjointe au Maire de Sarran, élue sans interruption jusqu’en 2020, et devient en 1979 Conseillère Générale de Corrèze. Elle sera conseillère générale pendant six mandats et avec ses huit mandats municipaux, aura eu une vie politique d’une remarquable longévité que lui envieront sans doute beaucoup de nos actuels élus.
Pourtant, rien ne fut facile à celle que Jacques Chirac surnommait « la tortue » alors que lui avait tout du bulldozer ! Car elle n’avait pas du tout décidé de se présenter à une quelconque élection, car elle manquait de confiance en elle, ayant peur de faire campagne, devant forcer sa nature discrète et modeste, et par-dessus tout, d’échouer dans cette entreprise et de décevoir son époux.
Mais Jacques Chirac réussit à la convaincre en la forçant à sortir d’elle-même et combattre ses appréhensions, pour devenir un leader comme lui. Car, pour lui, il y avait un intérêt certain à ce que Bernadette soit élue, pour qu’un Chirac soit toujours représenté en Corrèze. Elle prend pourtant goût à la lumière et devient ainsi une femme politique charismatique, très aimée des Français.
Elle a ainsi présidé la Fondation des Hôpitaux-de-Paris, Hôpitaux-de-France depuis 1989, œuvre caritative qui recueille les « pièces jaunes » de monnaie dans différents lieux, boulangeries, agences bancaires, etc., partout en France. Les donateurs se délestant des pièces de monnaie de faible valeur (pièces jaunes) qui encombrent leur porte-monnaie. Ces dons apportent leur soutien aux jeunes patients hospitalisés (hébergement des familles, etc.), soit plus de 9 300 projets depuis 1989 pour les services pédiatriques des hôpitaux et 104 millions d’euros financés par la Fondation.
En « récompense » de tous ses efforts au service de la carrière de Jacques Chirac et pour la France, Bernadette vit douze années de bonheur parfait au Palais de l’Élysée. Elle se transforme en parfaite maîtresse de maison, recevant tous les invités prestigieux du monde entier avec classe, distinction, remplissant parfaitement son rôle de « première dame » qui n’existe d’ailleurs pas en droit français, mais contribuant sans conteste au prestige de la France, au rayonnement de la culture française, et au raffinement de nos us et coutumes dont bien sûr la gastronomie, réputée pour être la meilleure au monde. Le tout sans se départir d’un vrai sens de l’humour, drôle mais parfois caustique, et tel un papillon perdant sa chrysalide de femme effacée, froide, austère et triste, se métamorphose en « diva » dans le cœur des Français, sa popularité dépassant même celle de son époux.
« L’après-Élysée » lui laisse un goût amer, elle qui aimait tant ce palais qu’elle contribua à embellir, contrairement à Yvonne de Gaulle qui le détestait, disant de lui « qu’ils vivaient en location ». En effet, Jacques Chirac est victime d’un AVC en 2005 et elle perd sa fille Laurence, en 2016. Pourtant, elle n’oublie pas la politique car elle soutient vigoureusement Nicolas Sarkozy quand son mari lui préfère Alain Juppé. Leurs désaccords politiques, dont la dissolution de l’Assemblée Nationale voulue par Jacques Chirac en 1997, n’auront pourtant jamais aucune conséquence sur leur couple, soudé jusqu’à la mort.
Jacques Chirac décède en 2019 à 86 ans, et depuis, Bernadette vit en toute discrétion à l’abri des curieux, mais diminuée par l’âge et la maladie, ne se déplace qu’en fauteuil roulant, heureusement bien entourée par sa fille, Claude.
C’est ainsi que s’achève le destin extraordinaire d’une femme qui ne le fut pas moins, en ce vendredi 5 juin 2026.
Un registre de condoléances est mis à la disposition des Français à partir de 15 heures aujourd’hui 6 juin, à la Maison Élysée-Musée, 88, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.
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