Préambule de la rédaction

Monique Barbut a voulu démissionner. On l’a retenue. Aujourd’hui, Matignon lui confie une feuille de route impossible. Yves Oper a lu la lettre de mission. Il nous raconte ce qu’on demande à une ministre désavouée, maintenue en poste pour servir de paratonnerre. Un texte au scalpel sur l’art de fabriquer des fusibles en politique.

Écrit par Yves Oper

 

Elle a voulu claquer la porte. Emmanuel Macron l’a retenue par la manche. Aujourd’hui, Sébastien Lecornu lui donne des devoirs de vacances. Monique Barbut, ancienne figure du WWF parachutée en politique, qualifie elle-même son expérience gouvernementale de première et dernière. En attendant, elle doit rendre une copie à Matignon d’ici octobre. Une liste d’exigences vertueuses, totalement déconnectée des réalités. Décortiquons.

À supposer que Monique Barbut rende effectivement sa copie à Sébastien Lecornu d’ici le mois d’octobre, la liste des exigences formulées par Matignon ressemble à un catalogue d’intentions vertueuses totalement déconnecté des réalités. Jouant les faux paratonnerres après son baroud d’honneur manqué sur les pesticides, la ministre s’accroche à son portefeuille à la demande expresse d’Emmanuel Macron.

Premièrement, la gestion du bâti scolaire et des rythmes scolaires, l’illusion de l’adaptation à la marge. Ce qui est demandé, c’est de revoir l’aménagement des bâtiments pour supporter les canicules et modifier la temporalité des examens scolaires et universitaires comme le bac ou le brevet face aux vagues de chaleur. Le problème, c’est le syndrome classique du plan d’urgence improvisé après la bataille. Réaménager des milliers de bâtiments scolaires obsolètes et passoires thermiques exige des investissements massifs qui ne se règlent pas d’un revers de main par une circulaire de rentrée. Quant à chambouler le calendrier des examens nationaux, cela perturbe toute l’organisation de l’Éducation nationale sans régler le mal racine de la surchauffe urbaine.

Deuxièmement, l’eau, les forêts et les incendies, la gestion de crise permanente. Ce qui est demandé, c’est de coordonner l’accélération du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique en ciblant la ressource en eau et la protection des forêts face aux feux à répétition. Le problème, sur le papier, c’est l’essence même de son ministère, mais dans les faits, ce sont précisément ces arbitrages qui se heurtent aux intérêts de l’agro-industrie, qu’elle a précisément dénoncés au moment de vouloir claquer la porte après le passage en force de la loi d’urgence agricole. Demander à une ministre désavouée et retenue de force par la manche d’imposer des contraintes sur les sols relève de la douce utopie.

Troisièmement, des mesures rapidement opérationnelles sans argent neuf. Ce qui est demandé, c’est que Matignon exige que ces propositions soient applicables immédiatement en fléchant si nécessaire des financements existants. Le problème, c’est la pierre d’achoppement de la méthode macroniste : faire du neuf avec du vieux dans un contexte budgétaire ultra-contraint. Flécher des budgets existants revient à piocher dans des poches vides pour donner l’illusion d’une action publique en pilotage automatique.

En résumé, la pantomime d’un fusible sous surveillance. Si Monique Barbut rédige cette fameuse copie pour octobre, elle aura accompli sa tâche de technicienne de surface au sein d’un gouvernement qui l’a neutralisée. Son maintien de force, étalé au grand jour après sa démission refusée et ses polémiques estivales d’allers-retours dans sa villa varoise, ne trompe plus personne. Soit son rapport sera jugé irréaliste, offrant à l’exécutif le prétexte parfait pour l’écarter définitivement à l’automne après lui avoir fait porter le chapeau de l’impréparation estivale. Soit le plan finira aux oubliettes de Bercy faute de crédits, servant simplement de contre-feu médiatique aux frais du contribuable pendant que l’exécutif continue de plier face aux lobbies.