Préambule de la rédaction

Info Bresse, c’est l’actualité de notre territoire. Mais c’est aussi, de plus en plus, des tribunes, des analyses, des regards d’ailleurs. Yves Oper, notre chroniqueur, nous livre aujourd’hui une opinion très personnelle sur le bilan d’Emmanuel Macron. Un texte sans concession, que nous publions au nom du pluralisme. Il ne reflète en rien la ligne du média, mais nous croyons qu’un espace d’information doit aussi être un espace de débat. La Bresse est notre ancrage. Le pluralisme est notre exigence.

Écrit par Yves Oper


On le disait intelligent, « Mozart de la finance », gestionnaire hors pair, plein d’idées, jeune premier, décalé dans ses programmes, doté d’une « pensée complexe » et d’une énorme capacité de travail. On le présentait en meneur d’hommes, faisant fi des partis traditionnels pour balayer l’ancien monde. On poussait le culte de la personnalité jusqu’à baptiser son mouvement de ses propres initiales : En Marche ! comme Emmanuel Macron.

Finalement, au bout de dix ans, le Jupiter arrogant et suffisant n’aura été qu’une insulte au mot intelligence, s’avérant aussi clivant que destructeur.

Le mirage s’est dissipé. Même le mythe du « premier de la classe » s’effrite à l’examen des faits : énarque, certes, mais jamais major de promotion, issu d’une volée Senghor dont le classement de sortie fut annulé par le Conseil d’État. Pourtant, la posture est restée. Se prenant pour un monarque républicain, il parle au pays comme un professeur docte distribuant les leçons avec la morgue de celui qui pense détenir la vérité suprême.

Son problème est d’abord comportemental avant d’être psychique, et le résultat, tout le monde le connaît : un étalage de promesses, des flots de paroles et le grand numéro d’illusionniste du « Grand Débat ». Des cahiers de doléances remplis par les Français et aussitôt enterrés aux archives, jamais lus, jamais pris en compte. Un théâtre politique permanent où un prétendu chef de guerre, drapé dans un costume trop grand pour lui, joue à Tom Cruise sur les théâtres d’opérations et sur les écrans.

Sous ce vernis de communication hollywoodienne et d’omniscience, l’absence d’empathie et de sincérité saute aux yeux. Cet homme confond le résultat d’une élection avec une prise de pouvoir absolue, et un vieux pays comme la France avec une contrée sans Histoire millénaire.

Il détruit sans jamais reconstruire. Après avoir méthodiquement réduit en miettes la gauche et la droite républicaines, il feint aujourd’hui de s’étonner d’avoir pavé la voie aux extrêmes pour les échéances à venir. Persuadé que la politique est une affaire mystique ou magique, qu’il suffit de décréter pour accomplir, il aura prouvé l’inverse : derrière les artifices ne se cachait qu’un décideur sans finesse, car tant d’erreurs accumulées n’ont jamais fait un cador.

Que dire enfin de ceux qui, par calcul ou par un prétendu sens du devoir national, ont osé aller se noyer avec lui ? Ils resteront marqués du sceau de ce règne. Car le bilan est sans appel : des fractures sociales ouvertes, une dette abyssale, des institutions essorées et cet acharnement méthodique à ne pas partir, à vouloir user la France jusqu’à la lie.

À force de mépriser le peuple et d’ériger la sourde oreille en méthode de gouvernement, le pouvoir s’est enfermé dans sa tour d’ivoire. Ce qui devait être une présidence de rupture n’aura été que l’histoire d’un petit homme qui voulait être roi, et qui, comme dans le récit de Kipling, finira desséché au fond d’un sac, ne laissant derrière lui que des décombres et l’ombre d’un mirage.


Yves Oper
Chroniqueur à Info Bresse