PRÉAMBULE
Alors que les incendies ravagent le sud de la France, une certaine gauche urbaine et déconnectée s’empare du sujet pour régler ses comptes idéologiques. Chasseurs, agriculteurs, grillages, sapins de Noël… tout y passe. Yves Oper, contributeur régulier d’INFO BRESSE, dézingue avec sa plume acérée ces donneurs de leçons qui n’ont jamais mis les pieds dans une forêt autrement qu’en photo. Chronique sans concession, à lire avec le café (ou la maté, selon votre camp).
Écrit par Par Yves Oper
PRÉAMBULE
Alors que les incendies ravagent le sud de la France, une certaine gauche urbaine et déconnectée s’empare du sujet pour régler ses comptes idéologiques. Chasseurs, agriculteurs, grillages, sapins de Noël… tout y passe. Yves Oper, contributeur régulier d’INFO BRESSE, dézingue avec sa plume acérée ces donneurs de leçons qui n’ont jamais mis les pieds dans une forêt autrement qu’en photo. Chronique sans concession, à lire avec le café (ou la maté, selon votre camp).
C’est une règle infaillible de la physique moderne : qu’un feu de forêt ravage des milliers d’hectares, que la terre fume encore et que les pompiers luttent au péril de leur vie, les véritables héros de l’affaire ne sont pas ceux qui tiennent la lance à incendie ou le volant du tracteur. Non. Les vrais sauveteurs, les sentinelles de l’absurde, sont assis bien au chaud derrière leur écran, à Paris ou dans un éco-quartier branché, occupés à lancer une pétition.
Admirez le spectacle. La forêt brûle, les bêtes fuient, le sol est un champ de cendre, et eux, que font-ils ? Ils dégainent leur arme absolue : le formulaire en ligne. C’est bien connu, un bon clic sur Internet vaut largement un pare-feu ou un camion-citernes.
Leur grand combat du moment, entre deux gorgées de maté bio ? Interdire la chasse. Partant du principe absurde que les chasseurs seraient assez stupides pour transformer un territoire fumant en zone de tir, ces grands stratèges oublient un petit détail : les chasseurs gèrent les espèces sauvages et ne sont pas assez stupides pour penser que ce territoire fumant peut être un espace favorable à toute pratique cynégétique. Mais pourquoi chercher la nuance quand on peut caricaturer ? Eux qui n’ont jamais vu un animal sauvage autrement que dans un dessin animé de Disney s’improvisent experts, expliquant doctement qu’un écosystème en cendres se régénère par la force de la pensée positive.
Mais l’hallucination ne s’arrête pas là. Dans leur immense clairvoyance, ces urbanistes autoproclamés ont aussi décidé de faire la guerre aux grillages. Oui, aux clôtures ! Ces fichus grillages le long des routes qui, selon leur fine analyse post-incendie, auraient piégé les animaux. C’est fascinant de voir à quel point la logique s’efface devant le dogme. Les mêmes qui hurlent au scandale quand un sanglier traverse l’autoroute et provoque un carambolage mortel exigeant, à juste titre, la sécurité absolue sur le bitume, viennent aujourd’hui pleurer parce que les barrières de sécurité font leur travail de barrière.
On ne se refait pas. Ces braves gens sont profondément dogmatiques et ont déjà établi leur tableau de chasse idéologique. Leurs ennemis jurés sont tout désignés : les sapins de Noël, les chasseurs, les agriculteurs, et parfois même la démocratie tout entière, puisqu’ils s’autorisent à saccager et arracher des cultures en toute impunité au nom de leur grand Bien.
Au lieu de rédiger des manifestes ineptes, si ces donneurs de leçons s’en prenaient un peu aux incendiaires, ils seraient plus crédibles. Ce serait tout de même plus courageux que de s’attaquer à des boucs émissaires de pacotille, mais c’est tellement plus facile de viser à côté.
Il faut dire que pour des gens dont le rapport à la nature se résume à un ficus sur le balcon et à un panier de légumes amapiens récupéré le jeudi soir, la campagne profonde ressemble à un décor de cinéma dont ils auraient égaré le scénario. Pourquoi s’emmerder à débroussailler, à aider concrètement les agriculteurs, à transpirer dans la fumée ou à porter des seaux d’eau quand on peut simplement signer un manifeste bien propre sur soi, bien bien loin de la boue et de la sueur ?
C’est beau, c’est creux, c’est totalement déconnecté, mais qu’est-ce que ça donne bonne conscience. Pendant que les pompiers comptent les hectares partis en fumée, les khmers verts, eux, comptent les points. Et surtout, ils ramènent leur fraise.
Yves OPER
À découvrir aussi : Si vous appréciez les plumes acérées, le ton satirique et la défense du bon sens rural face aux dogmes contemporains, ne manquez pas les autres tribunes d’Yves Oper. Découvrez toutes ses chroniques et billets de réflexion directement sur l’espace INFO BRESSE – Chroniques de Yves Oper.