Préambule de la rédaction

Colette Petitjean, notre chroniqueuse, s’inquiète aujourd’hui d’un rapport sénatorial sur la régulation de l’information et les réseaux sociaux. Elle y voit une menace pour la liberté d’expression et le pluralisme. Une tribune libre, que nous publions au nom du débat d’idées.

Écrit par Colette Petitjean

Quand le Sénat veut combattre « les ingérences intérieures »

Le 9 juillet dernier, les sénateurs Laurent Lafon (UDI), Agnès Evren (LR), Sylvie Robert (PS) ont présenté un rapport transpartisan sur les « zones grises de l’information » avec 56 recommandations sur 160 pages ayant pour objet « la régulation de l’information dans l’espace numérique » et les réseaux sociaux, considérant que la frontière entre l’information, la communication et le divertissement devient poreuse.

Le 9 juillet dernier

Le 9 juillet dernier, les sénateurs Laurent Lafon (UDI), Agnès Evren (LR), Sylvie Robert (PS) ont présenté un rapport transpartisan sur les « zones grises de l’information » avec 56 recommandations sur 160 pages ayant pour objet « la régulation de l’information dans l’espace numérique » et les réseaux sociaux, considérant que la frontière entre l’information, la communication et le divertissement devient poreuse.

Ils alertent sur les algorithmes et sur les influenceurs qui les utilisent, avec une nouvelle forme de manipulation numérique amplifiée par l’intelligence artificielle en vue de la prochaine Présidentielle. Et pensent à un « observatoire indépendant de la désinformation » comme « VIGINUM », service chargé de détecter les ingérences numériques étrangères.

Mais c’est dans les détails que se cache le diable. « Si une personnalité, un courant de pensée, un parti politique disposant de moyens financiers conséquents décidait de le mettre au service d’un projet politique en utilisant les réseaux sociaux comme une arme », ce serait forcément considéré comme un problème à combattre.

Que veulent dire les sénateurs ? Réserver l’usage des réseaux sociaux aux partis bien-pensants qui sont aux commandes ? Interdire les dons à ceux qui sont dans l’opposition ? Réduire au silence les médias qui refusent le diktat de la pensée unique ?

Voir ces « ingérences intérieures » comme une menace et considérer toute tentative de convaincre l’opinion afin d’infléchir ou de changer la politique du pays, est extrêmement inquiétant, car c’est remettre en cause le fonctionnement normal de la démocratie qui ne vit que de la pluralité des points de vue. Qu’ainsi le sénateur Laurent Lafon puisse tenir de tels propos dans un pays comme la France, est incroyable. Si ce rapport était suivi d’effets, c’est vraisemblablement l’avènement d’une censure violente s’abattant sur le pays.

Dans ce dispositif d’avant élections présidentielles, on observe la création d’un « observatoire » officiel censé évaluer la qualité des informations diffusées à travers le pays et décréter lesquelles seraient des « fake news » à mettre à l’index. Autrement dit : une agence d’État chargée d’édicter la vérité !

Avec pour conséquence, sans autre forme de procès, après le verdict rendu par cet « observatoire », tout « fautif » accusé de menacer « la qualité de l’information » se retrouvera effacé des fils d’actualité où les Français s’informent de plus en plus et tous les jours. Car nombre de plates-formes en ligne seront alors invisibilisées, et en particulier quiconque se rendrait ainsi coupable de contrevenir aux vérités officielles. Cauchemar orwellien en passe de devenir réalité, car c’est aussi le souhait du Président de la République prévoyant depuis longtemps d’imposer la « labellisation » des médias !

C’est aussi des centaines de milliers de lecteurs de plates-formes comme « Boulevard Voltaire » qui seront privés de leur droit élémentaire de s’informer y compris lorsque cela contredira la « vérité officielle ». On se souvient que « Boulevard Voltaire », pour ne citer que lui, avait été accusé par des journalistes du « service public » de contribuer à la « fabrique du mensonge » simplement pour avoir fait savoir que la meurtrière de la petite Lola était une Algérienne sous OQTF, ce qui était rigoureusement exact par ailleurs. Cela donne une idée du cauchemar et des sentences à venir si cette situation devenait monnaie courante.

Quant aux autres formes de presse, papier, radio, TV , déjà touchées par diverses formes d’auto-censure, rédactions politisées aux ordres mais camouflées sous un ersatz de neutralité politique, journalistes bâillonnés ou licenciés s’ils s’écartent ainsi de la « ligne éditoriale » officieuse du « journal », presse également soumise aux impératifs économiques des annonceurs publicitaires ne tolérant aucune critique ni ingérence dans leurs affaires, presse vivant sous perfusion des fonds publics d’État car incapable d’avoir une rentabilité économique propre et indépendante, n’ayant pas assez de lecteurs et abonnés payants pour survivre, presse appartenant à des grands groupes industriels qui l’utilisent comme vecteur de propagande politique, etc.

En France

En France, l’information est soumise à différents groupes de pression, et très rares sont les titres pouvant réellement se revendiquer d’une indépendance éditoriale totale. De ce point de vue, la presse en ligne, par ses coûts très faibles, a cassé cette dépendance matérielle — plus besoin de papier, d’imprimerie, de transport des numéros, de locaux importants, pour diffuser l’information.

Les journalistes

Les journalistes professionnels eux-mêmes sont maintenant concurrencés par l’intelligence artificielle capable de rédiger des articles, entraînant plan de licenciements massifs, exemple le groupe EBRA via le JSL en Bourgogne. Prenons garde cependant car l’IA est un formidable outil, mais cela reste un outil à utiliser comme tel, comme la truelle pour le maçon, et ne peut remplacer le regard critique et affûté du journaliste professionnel.

À INFO BRESSE, si nous utilisons parfois l’intelligence artificielle pour nous documenter, in fine c’est l’auteur de l’article qui contrôle les informations données par l’IA et rédige seul son article.


Colette Petitjean