Préambule de la rédaction

Colette Petitjean, notre chroniqueuse, aime les chemins de traverse. Pendant que nous suffoquons sous la canicule, elle est allée chercher George Sand. L’écrivaine berrichonne décrivait déjà, en 1870, des chaleurs africaines et des terres fendues. Un texte qui ne nie pas le réchauffement climatique, mais rappelle que le climat n’a jamais été une constante. Une tribune libre, comme toujours.

La romancière George Sand est photographiée par Nadar qui réalise une série de clichés de l’écrivain, au mois de mars 1864.

Quand George Sand écrivait sur la canicule

George Sand, célèbre écrivain romantique, femme de lettres féministe avant l’heure, écrivit une chronique des événements vécus depuis chez elle à la campagne, dans son château de Nohant situé dans le Berry au sein d’une petite commune rurale. Elle fit paraître ses textes « Journal d’un voyageur pendant la guerre » en 1871, durant la guerre entre la France et la Prusse. Toujours en avance sur son époque, elle se montra déjà sensible à l’environnement naturel.

Ci-dessous, quelques passages de cette chronique :

George Sand

« L’été 1870 subit une canicule avec des relevés de température de l’époque, 41° à Poitiers, 38° à Toulouse, 45° à Nohant. Des journées où le thermomètre à l’ombre montant à 45°, plus un brin d’herbe, plus une fleur au 1er juillet, les arbres jaunis perdant leurs feuilles, la terre fendue s’ouvrant comme pour nous ensevelir, l’effroi de manquer d’eau d’un jour à l’autre, l’effroi des maladies et de la misère pour tout ce pauvre monde découragé de demander à la terre ce qu’elle refusait obstinément à son travail, la consternation de sa fauchaison à peu près nulle, la consternation de la moisson misérable, terrible sous cette chaleur d’Afrique qui prenait un aspect de fin du monde ! Et puis des fléaux que la science croyait avoir conjurés et devant lesquels elle se déclare impuissante, des varioles foudroyantes, horribles, l’incendie des bois environnants élevant ses fanaux sinistres autour de l’horizon, des loups effarés venant se réfugier le soir dans nos maisons ! Et puis des orages furieux brisant tout, et la grêle meurtrière achevant l’œuvre de la sécheresse… Nous regrettons ce temps si près de nous dont il semble qu’un siècle de désastres nous sépare déjà. La guerre est venue, la guerre au cœur de la France, et aujourd’hui Paris investi… Je ne sais pas comment nos cœurs ne sont pas encore brisés. On ne se parle plus dans la crainte de se décourager les uns les autres. »

Il n’est évidemment pas question de contester la réalité des changements climatiques qui nous affectent aujourd’hui, mais par cet extrait de texte de George Sand, de rappeler que le climat n’est pas chose fixe et immuable, qu’il a toujours évolué au cours des millions d’années depuis que la terre existe, avec des périodes de glaciation suivies d’autres de réchauffement entraînant disparition des espèces et de végétation avec apparition d’autres, la faune et la flore évoluant ainsi à un rythme lent en fonction de ces variations climatiques. Ce n’est qu’à l’avènement de l’ère industrielle au XIXe siècle, que l’accélération des modifications climatiques s’est fait sentir avec l’influence des activités humaines industrielles importantes sur le climat, sans que l’on puisse déterminer avec exactitude le ratio entre les évolutions naturelles dues à divers paramètres (position de la terre par rapport au soleil, ou modification de son axe de rotation, etc.) et les activités humaines.