Préambule de la rédaction

Yves Oper, notre chroniqueur, s’attaque aujourd’hui à un grand écart : l’assiette de gambas présidentielle et les milliards des cabinets de conseil. Un texte au vitriol, où l’anecdote estivale côtoie la mécanique des comptes publics. Une tribune libre, publiée au nom du pluralisme.

Écrit par Yves Oper

 

Le doute :

des gambas au pro bono

Gala, la revue des princes, nous l’affirme bien haut : notre président en vacances à Brégançon broute du bas peuple, s’enfilant des menus de moussaillon au bord de l’eau entre deux brasses présidentielles, histoire de faire prolo-compatible et de caser sa petite normalité républicaine avant que le doute ne commence sérieusement à nous chatouiller le bulbe.

De l’infiniment petit à l’infiniment grand, plus c’est gros, plus ça marche, et moins on voit. On le contemple ainsi s’envoyer goulûment sa modeste assiette de gambas avec sa tendre avant de s’acquitter religieusement de l’addition au centime près, histoire de filer un coup de pub gratuit et salvateur au brave bougnat des plages, tout émoustillé à l’idée d’avoir servi le Guide suprême en slip de bain, tandis que le bon peuple applaudit des deux mains cette probité de façade sous le regard bienveillant et rigoureusement indépendant de la fameuse Cour des comptes, dont l’impartialité légendaire irradie les foules depuis que le pouvoir y a joliment parachuté ses petits copains de promotion, à l’instar d’une Najat Vallaud-Belkacem dépêchée sur place pour détendre l’atmosphère et verrouiller le manège avec un sourire d’ange.

Mais balayons d’un revers de main ces gentilles camelotes folkloriques pour s’encanailler enfin dans la cour des grands, là où les additions prennent tout de suite un relief autrement plus corsé en s’envolant vers les milliards bien cachés des cabinets de conseil à la petite semaine comme McKinsey, agence bien connue de Sciences Po Paris, dont les fameuses prestations pro bono fleurissent mystérieusement au mitan des campagnes sans qu’une seule satanée facture ne vienne troubler la quiétude des comptables.

Ce qui nous amène, l’air de rien, à nous gratter la tête pour savoir quel farceur est censé surveiller ce cirque à roulettes, coincé entre deux acrobaties budgétaires et des comptes de campagne aux coutures plus invisibles qu’un cheveu sur une soupe au caillou, pendant que les badauds continuent d’admirer béats ce grand théâtre national où l’État a enfin inventé le mouvement perpétuel en s’autocontrôlant les yeux fermés et le porte-monnaie grand ouvert.


Yves Oper

 
Si vous souhaitez prolonger la lecture de ce chapitre et approfondir les sujets abordés, voici une sélection d’enquêtes, de rapports officiels et de vidéos qui documentent les faits évoqués dans le texte.
 

Sur les vacances à Brégançon et la communication politique

Sur la Cour des comptes et la nomination de Najat Vallaud-Belkacem

Sur l’affaire McKinsey, les comptes de campagne et le “pro bono”