Préambule de la rédaction

Yves Oper, notre chroniqueur, a le goût de la satire. Il s’empare aujourd’hui d’une séquence politique déjà surréaliste pour la pousser jusqu’à la fable. Sa plume, depuis Lons-le-Saunier, ne s’interdit rien. Nous publions cette tribune libre comme un exercice de style et un regard décalé sur l’époque.

L’État doit-il interdire, taxer ou exorciser les scooters ?

Une poisse occulte frappe le sommet de l’État. Un sortilège digne des boules de cristal maudites : quiconque approche du pouvoir finit terrassé, plongé dans un coma ridicule dès qu’il touche à un guidon.

 

 

 

 

L’État doit-il interdire, taxer ou exorciser les scooters ?

Sur la Terre, tout a commencé dans la fange de la rue du Cirque. Le Maître de la Normalité, pris d’une transe grotesque, enfile un casque trois fois trop grand pour accomplir son rituel secret : la livraison nocturne de croissants. Affalé sur son méchant 125 cm³, il ne frôle pas seulement le bitume, il catapulte la majesté républicaine au niveau d’un vaudeville de seconde zone.

Puis le sort s’est transmis. Le Dauphin, son héritier spirituel issu du même moule, a cru feinter le destin en fuyant vers l’Eau. Peine perdue : le Démon du Deux-Roues a juste muté.

Voilà le Dauphin métamorphosé en archange du néoprène, perché sur son Scooter des Mers au large de Brégançon. Torse bombé, lunettes noires, menton levé vers le néant, il fend l’écume dans une posture de matamor en plastique. Pendant que le pays brûle sous la canicule et s’enfonce dans l’immensité du Bordel, le Dauphin vrombit joyeusement sur sa machine à faire du bruit, complètement à côté de ses pompes.

Dans les couloirs du pouvoir, c’est la panique. Faut-il réguler l’engin ? La taxation ne suffira pas et l’interdiction administrative semble bien impuissante face aux forces de l’enfer. On cherche désespérément un exorciste, un marabout, n’importe qui capable de rompre le charme et de couper le contact. Mais le clergé politique reste impuissant, tremblant déjà devant l’ultime étape de la prophétie.

Car la Terre et l’Eau sont déjà souillées, mais personne n’a encore osé chevaucher le scooter des neiges.

 

Yves Oper