Préambule de la rédaction

Tribune libre publiée au nom du pluralisme et du débat d’idées. Les opinions exprimées sont celles de l’auteur ; nous les publions comme un regard décalé sur l’époque.

Quand la bise fut venue… ou la rupture du contrat social

Il fut un temps fort lointain où l’accord semblait clair : le citoyen remettait gentiment son monopole de la violence et son chèque d’impôts entre les mains de l’État. En échange, la puissance publique promettait la paix civile, des lois impartiales et le privilège d’aller chercher son pain sans risquer de finir au JT de 20 heures. Ce pacte fondateur, cher à Jean-Jacques Rousseau, est aujourd’hui relégué au rang de fable pour enfants crédules.

Le constat est d’une ironie mordante : le contrat social a été résilié unilatéralement, mais l’État continue de prélever les cotisations avec la régularité d’un horloger suisse. Les lois s’abattent avec une rigueur administrative féroce sur le contribuable distrait, tout en s’effritant gentiment face aux milices de quartier, aux casseurs du dimanche et aux récidivistes chevronnés.

Devant ce naufrage au ralenti, la société a horreur du vide et le citoyen a enfin révisé ses classiques. Pour ne pas se retrouver Gros-Jean comme devant quand la bise fut venue, chacun tire la seule conclusion logique : la cavalerie ne viendra pas. La crise sanitaire du COVID-19 et la valse des masques fantômes ont servi de piqûre de rappel sanitaire : accorder une confiance aveugle aux gestionnaires du risque étatique relève désormais du suicide.

S’organiser n’a plus rien d’une paranoïa de téléfilm américain, c’est juste de la survie à la française. Sans aller jusqu’au gilet pare-balles sous le pyjama, le bon sens paysan reprend ses droits sur la naïveté citoyenne.

Pour maintenir le sanctuaire familial hors de portée du bordel ambiant, le pavillon moyen se transforme en fortin discret à coups de caméras connectées, de serrures multipoints et d’alarmes qui hurlent plus vite que la police n’arrive.

La souveraineté énergétique devient le nouveau luxe. Pendant que les ministres suggèrent gentiment d’enfiler des col roulés, le citoyen avisé installe un poêle à bois pour chauffer la soupe, branche ses panneaux solaires sur batteries pour garder le frigo vivant, et garde un bon vieux groupe électrogène au garage au cas où le réseau national déciderait de cligner des yeux.

Dans la cave et le cellier, on dit adieu aux flux tendus. Les étagères croulent sous les denrées non périssables, les jerricans d’eau, les filtres à gravité et les piles qui manquent toujours au bon moment.

Au pied de l’armoire, le sac d’évacuation d’urgence attend gentiment son heure avec papiers, trousse de secours et barres céréalières. Une précaution autrefois moquée chez les preppers, aujourd’hui préconisée du bout des lèvres par la sécurité civile elle-même.

Pour couronner le tout, face au sentiment grandissant d’insécurité et par crainte d’un rayon viande désespérément vide, les inscriptions au tir sportif et au permis de chasser battent des records. On y va gentiment pour apprendre à viser juste dans un cadre légal, mais aussi pour garder une option en réserve quand le supermarché ne vendra plus que des emballages vides.

Qu’on qualifie ces Français de preppers, de survivalistes ou simplement de réalistes vaccinés contre la démagogie, leur démarche n’est pas un coup d’État, mais un constat de carence. Quand les hauts fonctionnaires sont incapables de garantir la sécurité et la soupe chaude, la résilience cesse d’être une circulaire ministérielle pour devenir une affaire privée.

Chacun, au final, s’organise seul, chez soi, avec ses voisins ou la belle-famille. De là à voir fleurir des bandes d’auto-défense ou des milices locales, la frontière devient ridiculement mince, mais après tout, l’État s’est donné une peine folle pour la mériter.

Yves Oper, chroniqueur à Info Bresse