Préambule de la rédaction

Colette Petitjean propose une analyse de la rentrée politique et des premiers débats présidentiels devant le MEDEF. Une tribune qui interroge la crédibilité économique des candidats, la situation des finances publiques et la capacité de la France à se réformer. Publiée au nom du pluralisme et du débat d’idées, cette chronique offre un regard critique sur une élection qui s’annonce décisive.


Écrit par Colette Petitjean

 

 

 

 

Petit précis d’analyse politique

C’est la rentrée des classes. Et pas seulement. Les politiques aussi rentrent de vacances. Qu’on en juge.

En prime time, le MEDEF a reçu deux députés-patrons de l’UDR : Éric Michoux, fondateur et dirigeant du groupe GALILE, et Gérault Verny, patron du groupe Mont-blanc Composite. Ils ont été auditionnés devant Patrick Martin, le patron des patrons, et Éric Trappier, président de l’IUMM, puissante composante du MEDEF. Éric Michoux est un ancien du MEDEF : il a présidé le MEDEF de Bourgogne. L’UDR, seule formation politique comptant dans ses rangs deux chefs d’entreprise importants, a été reçue en avant-première. Éric Ciotti n’a pas participé au débat des sept candidats. Mais Michoux, fort de sa double casquette d’entrepreneur et d’élu, était bien présent à ce grand raout du patronat.

Le 27 août, sept candidats à la présidentielle étaient invités à débattre de leur programme devant le MEDEF : Raphaël Gluckmann, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Édouard Philippe, Marine Tondelier, Bruno Retailleau et Gabriel Attal. Le MEDEF entend peser dans l’élection de 2027. Ce débat sonne le coup d’envoi de la campagne.

Le programme économique de l’UDR est relativement clair. Celui de son associé RN, par la voix de Marine Le Pen, caracole en tête des sondages. Mais ses compétences économiques sont régulièrement mises en doute par ses détracteurs. Marine Le Pen promet 125 milliards d’économies. Elle veut « créer les conditions pour que les entrepreneurs puissent créer de la richesse ». Mais sa réforme des retraites, qui coûterait 9 milliards selon elle, est une pierre d’achoppement avec le MEDEF. Elle l’assume comme un « choix politique ».

Coup dur pour la favorite des sondages : François Duruye, son conseiller économique depuis cinq ans, a jeté l’éponge. Il ne voulait pas défendre auprès des milieux économiques des positions en lesquelles il ne croyait pas. Une pièce majeure du dispositif RN s’effondre. Reste à savoir qui pourra la remplacer de manière crédible.

Pas besoin d’être prix Nobel d’économie pour comprendre une évidence. Une ménagère de plus ou moins 50 ans sait, en gérant l’argent du ménage, qu’on ne peut distribuer que les richesses que l’on crée. Et seul le secteur privé productif crée ces richesses à l’échelle macro-économique. La France est endettée à hauteur de plus de 3 500 milliards d’euros. C’est une procédure de mise sous tutelle par le FMI qui nous guette. Les taux des emprunts français ont déjà augmenté. Depuis des décennies, toutes les politiques ont privilégié la consommation à la production, seule créatrice de richesses.

Ce que les candidats ne disent pas, c’est ce qu’ont fait avant nous de nombreux pays européens. Ils ont profité d’une période de croissance pour se réformer en profondeur. La France ne l’a pas fait. Gouverner, c’est prévoir. Face au mur de la dette, le prochain président n’aura d’autre choix que de prendre des mesures douloureuses mais indispensables. Depuis 1974, la France n’a pas connu de budget en équilibre. L’heure n’est plus aux solutions homéopathiques. C’est la chirurgie lourde qu’exige un demi-siècle d’imprévoyance.

Winston Churchill promettait du sang, des larmes et de la sueur aux Anglais pendant la guerre. La guerre économique mondiale, dite « mondialisation heureuse », met en concurrence toute l’Europe avec les BRICS et le reste du monde. Elle ne pourra s’en sortir qu’en privilégiant les intérêts des pays membres. Sauf à envisager un Frexit, difficile à mettre en œuvre à cause de la dette et des traités européens signés et ratifiés sans l’aval du peuple. Depuis le référendum du 29 mai 2005, où les Français ont voté NON à la constitution européenne, aucun référendum n’a été proposé. Ce déficit démocratique est régulièrement dénoncé par les Français, tous bords confondus.

Cette élection présidentielle de 2027 verra sans doute des affrontements très durs. Ce sera peut-être la dernière chance du « bateau France » de redresser la barre avant de sombrer. Le patriotisme économique et culturel se dissout dans le magma informe d’une Europe sans les peuples.


À propos de l’autrice

Colette Petitjean est une chroniqueuse et autrice régulière pour Info Bresse. Elle s’est imposée comme l’une des signatures fortes du média grâce à ses billets d’humeur, ses analyses sociétales et son décryptage de l’actualité politique locale. Sa plume est souvent décrite comme incisive, engagée et ironique, offrant un regard sans filtre sur la région de la Bresse et sur des sujets nationaux.

Elle aime aborder des sujets variés à travers des tribunes libres et des billets d’opinion : politique locale et débats de société (conseils municipaux de Louhans-Châteaurenaud, conférences de presse des députés de la région), faits de société et actualité nationale (sécurité, débats autour de la fin de vie), chemins de traverse culturels et historiques (elle apprécie mêler l’histoire à l’actualité, comme en témoigne son partage d’un texte de George Sand datant de 1870 pour mettre en perspective les vagues de chaleur actuelles). Elle s’exprime régulièrement sur le pluralisme des débats et s’inquiète parfois des menaces pesant sur la liberté d’informer.


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