PRÉAMBULE

Yves Oper réagit aux choix budgétaires récents de l’État. Une tribune engagée, publiée sous sa signature.

Écrit par Yves Oper

 

Un milliard d’euros. C’est le chiffre pharaonique balancé en grande pompe sur la table par le pouvoir pour financer des pixels, des jeux vidéo et des coproductions cinématographiques avec la Corée du Sud.

Un milliard étalé sur cinq ans dans l’industrie de l’image, scellé au plus haut sommet de l’Élysée et des ministères pour offrir au monde le spectacle d’une diplomatie culturelle rayonnante. Mais ce faste ostentatoire se fracasse de plein fouet sur la réalité du pays. Car de l’autre côté du décor, c’est la saignée quotidienne : des urgences hospitalières débordées où l’on attend douze heures sur un brancard, des services publics en ruine, des écoles qui prennent l’eau, des policiers débordés et des routes délabrées. On manque de tout ce qui est vital, et cette petite musique lancinante intime chaque jour aux retraités comme aux actifs de cracher toujours plus au bassin sous prétexte que les caisses sont vides.

Face à une telle déconnexion, le mot n’est plus trop fort : l’État devient indigne. Ces annonces en grandes pompes n’impressionnent plus personne. Bien au contraire, elles crispent, agacent et scellent définitivement la rupture totale du consentement à l’impôt et de la confiance envers la parole publique. Comment accorder le moindre crédit aux discours officiels quand le pouvoir affiche une telle indignité politique ? Chaque déclaration de ce type confirme le caractère hors-sol des décisions prises d’en haut. C’est la preuve éclatante d’une caste dirigeante totalement coupée du réel, qui distribue les millions par poignées pour du prestige virtuel pendant que la France réelle compte ses centimes pour boucler ses fins de mois et que l’on traite les retraités de privilégiés qu’il faudrait tondre un peu plus.

Ce grand écart relève d’une pyromanie budgétaire totalement assumée par nos dirigeants. On jure au peuple que la maison brûle, que la dette de trois mille milliards nous assaille et que chaque centime compte, puis l’on sort le chéquier pour des projets de pur faste. C’est la politique du banquet au milieu des ruines, où l’on réinvente la recette antique du pain et des jeux de cirque pour distraire la plèbe. Ce milliard d’euros n’est pas un investissement pour la vie quotidienne des gens, c’est le caprice d’un pouvoir qui s’achète une posture internationale sur le dos de contribuables essorés.

Rien n’a changé sous le soleil de la comédie politique. Le dogme de l’austérité s’applique avec une violence inouïe sur ce qui est essentiel, mais s’évapore instantanément dès qu’il s’agit de briller sur les tapis rouges. On détruit patiemment le pacte républicain en exigeant des sacrifices toujours plus lourds, tout en démontrant par des choix somptuaires que la rigueur ne concerne jamais ceux qui la prêchent. La dette n’est qu’une excuse commode pour rationner le nécessaire, tandis que la gabegie d’État, elle, conserve son budget illimité.

 

Yves Oper, chroniqueur à Info Bresse