PRÉAMBULE
Que se passe-t-il quand un représentant du personnel s’arroge le droit de décider quels contrats son entreprise peut honorer ? À travers le cas de Renault, Yves Oper pose une question qui dépasse le seul constructeur automobile : jusqu’où peut aller le pouvoir syndical face à la stratégie industrielle et à la souveraineté économique du pays ? Une tribune tranchée, à lire et à confronter.
Écrit par Yves Oper
Une poignée de responsables syndicaux vient de réinventer les règles du monde du travail. Dans cette version revue et corrigée par l’idéologie, un simple mandat de représentant du personnel vaut titre de propriété, et la carte syndicale donne un siège d’office au conseil d’administration. Voir des sections syndicales chez Renault s’ériger en comités d’éthique souverains et décréter quels contrats l’entreprise a le droit d’honorer relève d’une illusion totale et d’un non-sens économique absolu.
Les règles du jeu sont pourtant limpides : la direction fixe la stratégie, investit les capitaux et signe les contrats, tandis que les salariés exécutent les tâches pour lesquelles ils sont embauchés. Il n’existe aucun privilège permettant de trier les commandes au gré de ses opinions personnelles. Refuser d’exécuter un travail légal au motif qu’il contredit ses convictions n’est ni un acte de résistance, ni une posture négociable : c’est un refus de travail pur et simple. Prétendre qu’un salarié peut bloquer une ligne de production en toute impunité au nom de sa morale, c’est l’envoyer sciemment vers un licenciement certain.
Face à de telles dérives, la question du statut des activités stratégiques se pose directement : faut-il passer ces lignes de production sous encadrement militaire ? Dès lors qu’il s’agit d’équipements de défense, la discipline stricte doit prévaloir. Sous statut militaire, le cadre est clair : absence de droit de grève, devoir de réserve absolu et obéissance aux ordres sous peine de sanctions disciplinaires immédiates.
Au-delà de l’illégalité, c’est l’étrange convergence des intérêts qui interroge. En paralysant l’outil de production sous couvert d’idéologie pacifiste, à qui profite réellement le crime ? À des officines politiques radicales qui utilisent l’usine comme tremplin électoral ? Ou à des puissances étrangères et des concurrents industriels ravis de voir la souveraineté française s’autodétruire de l’intérieur sans qu’ils n’aient à débourser un centime ? Servir d’idiots utiles à des intérêts extérieurs tout en prétendant défendre le prolétariat relève au mieux de la naïveté coupable, au pire de la trahison économique.
Pendant ce temps, l’absurdité de la posture frappe par sa constance. Imagine-t-on les salariés de chez Michelin refuser subitement de fabriquer des pneus au prétexte que les voitures roulent trop vite ? C’est pourtant exactement la logique à l’œuvre. En rejetant les opportunités de diversification sous couvert de morale, ces syndicats affaiblissent l’entreprise face à une concurrence internationale qui ne s’embarrasse d’aucun état d’âme. À force de confondre une usine automobile avec une tribune idéologique, ils risquent d’obtenir le seul résultat garanti par leur obstination : transformer des ateliers performants en friches industrielles. Si la vocation d’un constructeur est désormais de ne produire que ce qui valide la charte poétique du bureau syndical local, autant fermer les lignes d’assemblage tout de suite.