François Hollande,

à Frangy-en-Bresse,

le 12 Septembre 2026.

 

 L’ancien président de la République était l’invité de la 54e Fête de la Rose, à Frangy-en-Bresse. Devant les militants, il a livré une analyse sans concession de la situation budgétaire du pays, défendu l’engagement européen et appelé à un rassemblement au-delà des partis. Voici l’essentiel de son intervention.

« Nous avons la dette publique par rapport à la richesse nationale la plus haute de notre histoire. » D’emblée, François Hollande pose le cadre. Les charges d’intérêt des emprunts contractés ces dernières années représentent plus de 70 milliards d’euros par an. Un chiffre qu’il met en perspective avec le budget de l’Éducation nationale, lui aussi de 70 milliards. « Chaque année, nous dépensons autant pour payer les intérêts de nos emprunts que pour éduquer nos enfants. »

Et si rien n’est fait, la trajectoire est inquiétante. « Si les taux continuent d’augmenter, nous aurons 100 milliards dans trois ou quatre ans à dépenser pour les seules charges d’intérêt. C’est-à-dire autant que pour l’éducation et pour la moitié du budget de la défense. »

L’ancien chef de l’État balaie d’un revers l’idée d’une annulation pure et simple de la dette. « La dette n’est pas inflammable. » Derrière la formule, une leçon qu’il dit avoir apprise à l’épreuve du pouvoir. « Lorsque je suis arrivé aux responsabilités, c’était la crise de la zone euro. L’Espagne, l’Italie, le Portugal étaient en difficulté, la Grèce était dans l’abîme. » Il rappelle le référendum de Tsipras, gagné mais suivi d’un recul forcé. « Aujourd’hui, la Grèce emprunte à des taux plus faibles que la France. C’est vous dire si elle a progressé, et si nous avons régressé. »

Le vrai débat n’est pas technique, il est politique. « Chacun peut dire qu’il ne paye plus la dette. Il est possible de ne pas payer sa contribution à l’Union européenne et de ne pas respecter les traités. Mais il y a une conséquence : il faut sortir de l’Union européenne et de la zone euro. » Un choix de principes, dit-il, qui doit être posé clairement devant les Français. « Voulons-nous rester ou quitter la zone euro et l’Union européenne ? »

Il convoque le souvenir du référendum de 2005, les doutes sur l’Europe, mais interroge : « Même ceux qui ont voté non, demandez-leur aujourd’hui : voulez-vous retrouver le franc ? Voulez-vous quitter la zone euro ? » Et de souligner l’apport de la monnaie unique. « Sans la zone euro, dans la turbulence actuelle, les taux ne seraient pas à 4,5 %, ils seraient beaucoup plus hauts. Nous aurions déjà dévalué plusieurs fois. »

L’engagement européen, une histoire de fidélité. « On ne va pas mettre en cause 50 ans de construction européenne. François Mitterrand a joué un rôle essentiel dans la création de l’euro. Lionel Jospin pour sa mise en place. Moi-même pour préserver la zone euro. » Et il prévient : « Nous n’avons pas fait tout ça pour le remettre en cause aujourd’hui, au moment de l’élection présidentielle. »

L’enjeu dépasse les frontières. « C’est regarder ce que disent les uns et les autres sur le soutien à l’Ukraine, sur notre capacité à affronter la diplomatie de Trump, sur la défense de l’Europe, sur notre capacité avec l’Allemagne à relancer l’Union. » Et d’insister : « Il s’agit de savoir quelle France nous voulons être, quelle démocratie nous entendons préserver, et dans laquelle nous voulons vivre. »

La question budgétaire ne peut plus être éludée. « Si nous accumulons toutes les propositions dont nous savons qu’elles ne sont plus finançables, nous mentons aux Français. » Il assume la nécessité d’un effort. « Il faudra réorganiser l’État, décentraliser largement avec les moyens correspondants, et appeler à un effort fiscal. Ceux qui disent qu’il n’y aura pas d’impôts demain se trompent. La question, c’est de savoir si ce sont les plus fortunés qui seront appelés d’abord à la contribution. »

Pourquoi revenir ? « Si je suis un ancien président, c’est parce que j’ai peut-être plus de responsabilités que d’autres pour dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire. » Mais il revendique surtout son identité. « Je suis là parce que je suis socialiste, et parce que c’est nous, la gauche de gouvernement, qui avons la capacité de rassembler le plus large. »

Il critique ceux qui veulent faire sans les socialistes. « Ils n’iront pas bien loin. » Et il appelle à un rassemblement qui dépasse les partis. « Il s’agit de réunir les Français autour de leur idée, parce qu’elle est toujours là. Les Français sont conscients qu’ils sont un grand peuple. Les habitants du monde nous aiment beaucoup plus que nous nous aimons nous-mêmes. »

Un vote d’espoir, pas de colère. « L’enjeu de l’élection présidentielle doit être au plus haut. Ce n’est pas un vote de colère qu’il faut émettre, c’est un vote d’espoir et de volonté. » Et de conclure : « Qui peut être président de la République dans le monde tel qu’il est ? La seule question qui vaille. Le projet, c’est celui d’unir les Français pour la jeunesse, pour l’écologie, pour notre liberté. »

François Hollande, à Frangy-en-Bresse, le 12 septembre 2026.