Ils étaient environ 1 200 sur le site de La Balme, à Bouhans. Venus écouter, débattre, se retrouver. Venus parler d’agriculture, de ruralité, d’un mode de vie qui disparaît. Venus, aussi, constater qu’ils étaient plus nombreux que prévu.

 

La Fête de la ruralité, deuxième édition, a réuni bien au-delà des organisateurs. Éric Michoux, député de la Bresse, avait invité deux figures du monde agricole : Jérôme Bayle, éleveur et médiatisé depuis les blocages de 2024, et Didier Giraud, éleveur à Ciry-le-Noble et chroniqueur sur RMC. Tous deux ont accepté. Parce que le sujet les concerne.

« La ruralité n’a pas de camp. »

C’est le message qu’ils ont porté, chacun à leur manière. Ils ne sont pas venus soutenir un parti. Ils sont venus défendre un mode de vie. Ils l’ont dit et répété. L’invitation venait d’un député, oui. Mais ce n’est pas l’étiquette qui compte. C’est la cause. La ruralité, l’agriculture, les territoires. Des sujets qui transcendent les clivages.

Ils ont raconté leurs expériences. L’un a pris la parole à un meeting des écologistes, invité par Marine Tondelier. Il a dit ce qu’il pensait, à des gens qui n’étaient pas d’accord. Il n’a pas changé leur vie. Mais il a semé. L’autre a rappelé qu’il fallait aller vers ceux qui ne pensent pas comme nous. Pour les confronter et les comprendre.

Le constat est sévère. Les réseaux sociaux enferment. Les algorithmes nourrissent l’intolérance. On vit entre soi, on pense entre soi, on est sûr d’avoir raison entre soi. Les jeunes surtout. Ils vivent en vase clos. Ils ne rencontrent plus la contradiction.

Les intervenants ont rappelé un temps où les agriculteurs se réunissaient dans des groupes d’échange, la JAC, les Jeunesses Agricoles Catholiques. Ils confrontaient leurs idées. Ils voyageaient. Ils apprenaient des autres. Ce temps semble révolu. Aujourd’hui, on est pour ou contre. On ne tolère plus la différence. On est devenu une société d’extrémistes.

Derrière les mots, il y a des réalités. Des agriculteurs qui se suicident. Des hommes et des femmes qui travaillent seuls, qui s’isolent, qui ne voient plus personne. Les intervenants en ont parlé. Ils ont été marqués. Ils ont connu des collègues qui ont mis fin à leurs jours. Ils savent que la crise ne se limite pas aux chiffres. Elle touche des vies.

Alors ils viennent. Ils témoignent pour que les gens sachent. Pour que les consciences s’ouvrent. Depuis les blocages de 2024, quelque chose a changé. Les Français ont vu leurs agriculteurs. Ils ont compris qu’ils souffraient.

La Balme, un lieu symbolique

Le choix du site n’est pas anodin. La Balme, à Bouhans, c’était le plus vieux marché de France. Plus de 670 ans d’histoire. Un lieu qui réunissait la Bresse et l’Argis. Un lieu de commerce, de rencontres, de convivialité. Il a été arrêté avec le Covid. Il ne s’en est pas relevé.

Reparler de ruralité sur ce site, c’est faire revivre quelque chose. C’est dire que ces lieux comptent. C’est dire que l’histoire ne s’arrête pas. C’est dire que la Bresse a une âme, et qu’elle mérite qu’on se batte pour elle.

La question économique est centrale. Les intervenants l’ont abordée sans détour. Aujourd’hui, avec l’argent des impôts français, on ne mange pas français dans les services publics. C’est une aberration, ont-ils dit. Dans les écoles, dans les hôpitaux, on sert des produits qui ne viennent pas de nos fermes. Alors que la France est le pays de la gastronomie.

Ils réclament du protectionnisme. Un protectionnisme de bon sens. Priorité aux produits français. Priorité à nos agriculteurs. Priorité à une économie circulaire qui reste sur le territoire.

Ils ont parlé de l’Occitanie, où le revenu agricole est deux fois inférieur à la moyenne nationale. Ils ont parlé de l’Europe, de la concurrence déloyale, des charges qui ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Ils ont dit qu’on pouvait être pour l’Europe, mais pour une Europe égale. Avec les mêmes règles, les mêmes obligations.

La Fête de la ruralité n’était pas un meeting. C’était un moment de parole libre. Des agriculteurs, des élus, des citoyens. Des gens de tous bords, venus écouter. Des jeunes aussi, qui ne votent pas encore, mais qui étaient là.

Le message est passé. La ruralité n’a pas de camp. Elle a des réalités. Elle a des urgences. Elle a des hommes et des femmes qui la font vivre. Et elle a besoin qu’on la défende. Avec des actes.