Les élections sénatoriales du 27 septembre 2026 ont livré leur verdict en Saône-et-Loire. Les trois sénateurs sortants ont été reconduits, mais les équilibres politiques ont bougé. La droite LR et apparentée a écrasé le scrutin, le RN-UDR fait son entrée au Sénat avec 14 sièges, et la gauche résiste tant bien que mal. Dans cette analyse, Colette Petitjean décrypte les résultats, les rapports de force et les perspectives pour 2027. Un scrutin qui, à sept mois de la Présidentielle, dessine des tendances lourdes.
Sénatoriales 2026 – Analyse politique
La Saône-et-Loire a choisi de reconduire les 3 sénateurs sortants, dans une ligne politique de continuité entre les 2 sénateurs de droite ou apparentés (Fabien Genêt, apparenté LR, Marie Mercier LR, et Paulette Matray, divers gauche). La droite représentée à la fois par Fabien Genêt et Marie Mercier a écrasé l’élection avec, si l’on additionne les suffrages des deux sénateurs : 503 voix pour Fabien Genêt et 437 voix pour Marie Mercier, soit 940 voix et 30,76 % des suffrages exprimés pour Fabien Genêt et 26,73 % des suffrages exprimés pour Marie Mercier, soit 57,49 % des suffrages exprimés, sur les 1 635 suffrages exprimés par les grands électeurs, (1 685 grands électeurs, 1 664 votants, soit 21 abstentions et 1,25 %, et 98,75 % de votants). La droite LR et apparenté a bien résisté à la poussée du RN-UDR, et le pari gagnant de la « complémentarité » entre les 2 candidats de la droite « classique » a bien fonctionné et permis la réélection des 2 sénateurs sortants, additionnant leurs voix plutôt que divisant leur camp.
À gauche, Paulette Matray, malgré une seule année de présence au Sénat, (divers gauche, PS, écologistes et communistes) arrive en 4è position avec 339 voix, 20,12 % des inscrits et 20,73 % des suffrages exprimés. Sa liste « pour une saône-et-loire solidaire et humaniste » recueille 98 voix de moins que Marie Mercier et 164 voix de moins que Fabien Genêt, donnant la prime à Fabien Genêt apparenté divers droite devant Marie Mercier, LR. Les grands électeurs de gauche lui ont fait confiance, portée par son prédécesseur Jérôme Durain parti présider la région Bourgogne-Franche-Comté, qui la soutenait.
Jean-François Farenc, indépendant, recueille 158 voix, soit 9,38 % des inscrits et 9,66 % des votants, loin derrière les 4 premiers, malgré sa notoriété auprès des grands électeurs, comme Président de l’Association des Maires ruraux de Saône-et-Loire.
Jean Masdupuy, RN-UDR recueille 153 voix, soit 9,08 % des inscrits et 9,36 % des votants, et 5 voix de moins que Jean-François Farenc. Il talonne le candidat indépendant avec son étiquette RN-UDR qui fait une belle entrée en Saône-et-Loire et au Sénat avec un groupe de 14 Sénateurs. Jean Masdupuy, sans aucune expérience politique et inconnu en Saône-et-Loire a bien surmonté ses handicaps avec le soutien du RN-UDR et des 2 députés Aurélien Dutremble (RN) et Eric Michoux (UDR).
Damien Saley, LFI, « faisons entrer le programme du front populaire au Sénat », LFI a recueilli 45 voix, 2,67 % des inscrits et 2,75 % des votants. Ces 45 voix se sont portées sur le candidat LFI, nouveau venu dans ces élections sénatoriales, mais candidat expérimenté par une campagne législative, et son élection au conseil municipal de Chalon-sur-Saône où il s’est fait connaître en ferraillant lors de joutes remarquables avec le Maire de droite « dure » Gilles Platret. LFI s’installe donc dans le paysage politique de Saône-et-Loire.
Il est à noter que son chef, Jean-Luc Mélenchon voulait dissoudre le sénat s’il parvenait au pouvoir avec sa VIè république, ce qui entre en contradiction avec son positionnement actuel de présenter partout en France, des candidats LFI au Sénat, dont 2 sont élus sénateurs, et entrent donc dans la Haute Assemblée.
Notons aussi au plan national, la bonne tenue des 4 sénateurs communistes sortants, qui sont tous réélus.
Oui, et après….
Avec ces sénatoriales, le Sénat conserve une large majorité de droite LR et du centre (231 sièges sur 348 avec au moins 101 sièges pour LR), mais devra désormais composer avec le nouveau groupe RN-UDR (14 sièges) positionné encore plus à droite, qui aura à cœur d’imprimer sa marque dans cette nouvelle assemblée sénatoriale, en vue des Présidentielles de 2027.
La gauche recueille 100 sièges, l’extrême-droite 14, le groupe macroniste tombe à 10 (seuil pour un groupe), signe d’une profonde désaffection des grands électeurs pour le camp du Président Macron, rejoignant ainsi tous les sondages d’opinion, désignant – pour l’instant – les 2 candidats en lice pour la Présidentielle (Marine Le Pen ou Jordan Bardella contre Jean-Luc Mélenchon), soit les 2 extrêmes de « l’omelette » politique à droite comme à gauche.
Mais avant les Présidentielles, nous suivrons avec attention le projet gouvernemental de loi de finances 2027 présenté par Sébastien Lecornu, avec un début de discussion mi-octobre au parlement.
Ce dernier scrutin à 7 mois des Présidentielles n’est certes pas prémonitoire, mais reflète tout de même des tendances politiques lourdes, favorisées par un éclatement de la droite « classique » (LR et apparentés) et un « trop-plein » de candidats potentiels qui peinent à se démarquer réellement et à convaincre.
La gauche dite « de gouvernement » qui s’était associée à LFI lors des dernières législatives, n’est pas mieux lotie avec ses contradictions, de très fortes divisions programmatiques et de trop nombreux candidats en son sein, et souffre des mêmes maux que la droite LR et apparentés.
Le « barrage républicain » entre les courants de droite et d’extrême droite a cédé avec l’arrivée de nombreux élus RN-UDR dans les conseils municipaux, même s’ils ne sont pas encore majoritaires.
À noter que parmi les élus RN – UDR, existent nombre de « transfuges » ex-LR, dont pour la Saône-et-Loire, le député de la Bresse UDR, Eric Michoux.
Et à la droite de la droite, (Eric Zemmour, Marion Maréchal, Florian Philippot, etc), outre le RN-UDR, leur convergence programmatique est une opposition frontale à la doxa européenne actuelle, avec une volonté souverainiste pour que la France se réapproprie les pouvoirs délégués à l’Union Européenne et redevienne maîtresse de son destin, conviction partagée également à gauche par Jean-Pierre Chevènement et… Arnaud Montebourg, ex-ministre socialiste du redressement productif de François Hollande, converti aujourd’hui avec armes et bagages au monde des affaires.
Observons aussi d’ex-socialistes passés dans le camp du Président Macron dont pour le Jura, la Députée Daniele Brûlebois, ou pour la Région Bourgogne, le défunt et emblématique Vétérinaire dijonnnais François Patriat, ex-socialiste et ancien Ministre de l’Agriculture, fidèle soutien du Président Macron.
Rappelons également qu’Emmanuel Macron a été Ministre de l’Economie de François Hollande, Président socialiste de la République.
Pour les Présidentielles, les appels à l’unité de la droite lancés par diverses personnalités politiques, se heurtent pour l’instant aux ambitions individuelles de candidats déjà déclarés ou presque, favorisant l’éclatement des voix.
Et la gauche classique vit la même situation avec LFI, qui serait présente au second tour, recueillant pour l’instant près de 20 % des votants.
Dans cette configuration, si elle persiste jusqu’aux Présidentielles, le RN-UDR sortira grand vainqueur et les Français porteront au pouvoir suprême, le seul parti ne l’ayant encore jamais exercé.
À la suite des Présidentielles, le nouveau Président voudra dissoudre l’Assemblée Nationale actuellement sans majorité politique et ingouvernable avec ses 11 groupes parlementaires, pour obtenir un parlement avec une vraie majorité et des députés de sa couleur politique.
Au sénat, les groupes seront fixés définitivement le 5 Octobre.