Les portes ouvertes de la SPA, deux fois par an, en juin et en octobre, sont des rendez-vous attendus. Au refuge de Beaurepaire-en-Bresse, derrière les boxes, les parcs et les allées propres, une organisation millimétrée se met en place.

Des hommes et des femmes. Des bénévoles. Des salariés. Des vétérinaires. Et une mission : sauver des animaux. Le plus possible. Le mieux possible.

 

Christophe Larrière, responsable régional et Île-de-France, a la voix calme de ceux qui connaissent leur sujet par cœur. Il supervise treize refuges et deux dispensaires, des Ardennes au Jura, en passant par la Moselle, l’ouest de Paris et Orléans. Sous sa responsabilité, aussi, le plus grand refuge d’Europe : Gennevilliers. Trois mille adoptions par an. Vingt-sept salariés. Trois vétérinaires à temps plein.
Mais ce jour-là, c’est à Beaurepaire-en-Bresse qu’il est venu. Pour les portes ouvertes. Pour voir les bénévoles. Pour soutenir l’équipe locale, dirigée par Laetitia Castille.
Ce matin-là, il est passé par Troyes. Deux heures de route à l’aller. Deux heures au retour. Et ce soir, deux heures et demie pour rentrer chez lui. Les portes ouvertes, il les fait toutes.
Sa conviction tient en une phrase : sans les bénévoles, rien ne serait possible. Ce sont eux qui dressent les tables, préparent les sandwichs, confectionnent les gâteaux. Des prestataires viennent vendre des objets, reversent une partie de leurs recettes. Et le public entre. Il découvre et il adopte, parfois.
L’objectif de ces journées reste inchangé : donner de la visibilité aux animaux pour favoriser leur adoption. Car sauver davantage d’animaux passe par un cercle vertueux. Plus on en fait adopter, plus on libère de la place, plus on peut faire de la prise en charge. Cette prise en charge, c’est récupérer des animaux de fourrière, accueillir ceux qui sont abandonnés.
Parfois, des personnes abandonnent leur animal à la SPA. C’est un abandon « raisonné », qui implique des frais. Beaucoup n’ont plus les moyens de s’en occuper. D’autres, plus rares, n’ont pas le courage de franchir la porte et attachent leur animal à un portail ou à un arbre. Un abandon raisonné, c’est payant. Il y a la honte, parfois. Et le coût. Ceux qui le font, on ne peut pas non plus les accabler. Même si, souvent, les gens abandonnent parce qu’ils n’avaient pas mesuré que c’était si cher.
La question du coût est centrale. Pour un chat, comptez entre cinq cents et mille euros par an, nourriture et frais vétérinaires compris. Pour un chien, c’est davantage. C’est un engagement. Pas un caprice. La SPA travaille sur ce qu’elle appelle l’adoption responsable. L’idée est de sensibiliser le public à ce que représente un animal. Pas seulement en argent. En temps. En présence. En amour. Un chien, il faut le sortir, s’en occuper, l’aimer. Un chat est plus autonome, mais il a besoin de présence.
La sélection des adoptants est rigoureuse. Avec une vigilance : ne pas discriminer. Mais avec des refus. La maltraitance émotionnelle, c’est un motif de refus. Il faut qu’on puisse avoir la preuve que l’animal va être choyé, qu’on va lui donner tout ce dont il a besoin pour être heureux. C’est ça, le critère principal.
La question de l’espace, ensuite. Faut-il préférer une maison avec jardin ou un appartement ? La réponse bouscule les idées reçues. Celui qui a une maison avec un petit jardin, le chien connaîtra son jardin par cœur. Il va faire le tour de son terrain, au bout d’une semaine il connaîtra tout par cœur, et il ne sortira peut-être pas forcément en balade. Celui qui a un appartement sera obligé de le sortir, son chien.
À moins qu’il ait envie d’avoir des excréments et de l’urine partout, il va devoir le sortir. Donc, l’appartement n’est pas rédhibitoire. L’engagement du maître compte plus que la surface. Les agents animaliers, eux, veulent le mouton à cinq pattes. Ils ne le trouveront pas. Il faut déconstruire les préjugés. On travaille là-dessus.
D’où viennent les animaux ? De l’abandon raisonné, de la fourrière, des saisies. Les saisies, c’est autre chose. C’est la maltraitance. Les gendarmes interviennent. L’association se porte partie civile. Elle a un service juridique au siège. Elle dépose plainte. Contre la cruauté. Contre la maltraitance. Elle n’aime pas la tauromachie. Elle n’est pas fan de la chasse, mais peut l’accepter, dans le cadre de la régulation des populations. On ne parle pas d’animaux de ferme ici, sauf au grand refuge de Père Banchet, qui accueille des vaches, des chevaux, des ânes. Mais ça reste anecdotique.
Une plateforme de signalement existe sur le site national de la SPA. Chacun peut signaler, en son nom ou anonymement. Un agriculteur qui maltraite ses vaches, par exemple. Une cinquantaine de délégués enquêteurs bénévoles, répartis sur le territoire, se rendent sur place. Ils vérifient. Ils constatent. Tout est indiqué sur le site. Ce n’est un secret pour personne.
Le quotidien, dans un refuge comme celui de Beaurepaire-en-Bresse, c’est une mécanique précise. Les chiens sont classés. Vert, orange, rouge. Faciles, intermédiaires, complexes. Les plus difficiles sont confiés à des bénévoles expérimentés. Les sorties alternent entre les boxes, les parcs et les promenades. Ils sont nourris, promenés à tour de rôle. Les bénévoles les sortent des boxes, les mettent en parc, et peuvent aussi les emmener en balade.
La durée d’une promenade ? Il faudrait demander à un bénévole. Ça dépend de l’animal. De son énergie. De son besoin.
Et puis les éducateurs. Un éducateur salarié de la SPA, payé par l’association, fait tous les refuges de la région, un par un. Des prestataires externes viennent toutes les semaines ou tous les quinze jours. Ils travaillent le comportement. Ils préparent l’adoption. Ils réhabilitent. On travaille avec des éducateurs qui viennent éduquer nos chiens. Un éducateur sur ma région fait tous mes refuges. Il est payé par la SPA. Mais on travaille aussi avec des éducateurs externes, des prestataires, qui viennent toutes les semaines ou tous les 15 jours en refuge et qui travaillent avec les chiens pour les éduquer. Ou en tout cas pour améliorer leur comportement s’ils ont des problèmes.
La politique de l’association est claire. Aucune euthanasie de complaisance. Les mots sont pesés. Aucun animal n’est supprimé faute de place. Faute de temps. L’euthanasie est un acte ultime. Réservé aux problèmes de santé graves. Aux troubles du comportement extrêmes. Quand toutes les solutions ont été envisagées. Quand rien d’autre n’est possible. C’est vraiment important de le dire. Ce n’est pas du tout dans l’ADN de la SPA.
Le contexte national, lui, reste préoccupant. L’été 2026 a battu des records. Près de 9 500 animaux ont été recueillis dans les 64 refuges de la SPA, un chiffre en hausse de plus de 20 % par rapport à 2025. Les adoptions, elles, ont également atteint un niveau record avec plus de 8 200 animaux ayant trouvé une famille. Mais la saturation guette. Les refuges frôlent la rupture.
À Beaurepaire-en-Bresse, Laetitia Castille, responsable du site, résume la situation. Certaines demandes doivent être refusées ou placées sur liste d’attente pour ne pas saturer les chatteries et les chenils. Les chatons, nombreux depuis la mi-juin, attirent les visiteurs. Mais parfois, la rencontre se fait avec un autre animal. Plusieurs personnes repartent avec un chat senior alors qu’elles venaient pour un chaton.
Le public est venu. Il a regardé. Il a peut-être adopté. Ou il est reparti avec une question en tête. Celle que tous les refuges posent, sans jamais vraiment la formuler : et si on commençait par ne pas abandonner ?