Le budget présenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu suscite de vives critiques. Entre des économies annoncées qui ne se retrouvent pas dans les chiffres, une dette qui continue de grimper et des marchés qui sanctionnent la France, la situation est préoccupante. Dans cette analyse, Colette Petitjean décrypte les données, les contradictions et les conséquences pour les Français. Un éclairage précis, documenté, pour comprendre les enjeux d’un budget qui ne convainc personne.

Écrit par Colette Petitjean

La proposition de budget du Premier Ministre Sébastien Lecornu ne convainc personne. D’autant que celui-ci cumule les critiques, à savoir :

– que sont devenus les 54 milliards d’économie annoncés par le Ministre ?

Quelques chiffres : le PIB passe de 3 051 à 3 135 milliards d’euros. Les dépenses publiques hors crédits d’impôts passent de 57,1 % à 56,9 % du PIB.

En clair : la dépense publique passe de 1 742 milliards à 1 784 milliards d’euros, soit 42 milliards de plus ! Pour un taux de croissance des dépenses publiques de + 0,6 % en volume après inflation.

Et une confirmation : la dépense hors charge de la dette, passe de 1 662,5 milliards à 1 691 milliards soit + 28,5 milliards.

La charge de la dette de la France passe elle, de 59,3 milliards à 72,9 milliards, soit 13,6 milliards de plus.

Addition des 2 : dépense publique + 28,5 milliards + 13,6 milliards de charge de la dette = + 42 milliards d’augmentation budgétaire.

Petit point positif : le déficit public passe de 5,4 % à 5 % du PIB soit 0,4 % de moins et 12,5 milliards d’euros en moins MAIS….

la charge de la dette publique étant de 13,6 milliards, celle-ci dépasse la totalité de la réduction du déficit.

Et sur le front de l’emploi public ?

L’État créera en 2027, 8 026 postes équivalent temps plein. Les agences et établissements publics en suppriment 1 209.

Solde net de création de postes : 6 816 pour l’État et ses opérateurs.

On constate à peu près les mêmes résultats que pour le budget 2026.

Et sur le front de la dette ?

La dette publique de la France atteint désormais 121,7 % du PIB contre 115,7 % en 2026.

Et l’avenir ?

En prenant pour hypothèse un déficit en dessous des 3 % en 2029 pour satisfaire aux critères européens, la France devra gagner 2 points de PIB en 2 ans.

Or, le budget présenté par Sébastien Lecornu obtient 0,4 point de PIB en augmentant la dépense publique de 42 milliards, avec des prélèvements de + 0,3 points de PIB, des augmentations d’effectifs de l’État de 6 816 postes soit près de 7 000.

Conclusion

Ce que Sébastien Lecornu appelle économie, le fait de dépenser plus lentement, il est évident que la dette ne peut que croître…


Après la froideur et la précision des chiffres, où en est-on ?

La conjonction des crises simultanées

Actuellement la crise lycéenne accapare l’actualité, avec sa violence, ses cris, ses destructions matérielles, avec une explosion que le pouvoir n’a pas vu venir et se sent dépassé par les événements, ne sachant comment y répondre concrètement autrement que par de belles paroles qui n’engagent à rien mais pour les actes….

Prise dans une crise financière plus silencieuse, la France s’enfonce à cause de sa dette et de l’incapacité du gouvernement d’Emmanuel Macron à faire voter des budgets crédibles.

N’oublions pas les crises agricoles successives, dont celle due à la sécheresse de cet été 2026, qui n’ont pas obtenues elles non plus, les réponses attendues par les agriculteurs à hauteur de leur détresse.

Sans parler de la désindustrialisation de la France, qui perd ainsi des pans entiers de sa souveraineté économique donc politique, comme on l’a vu avec le COVID où il est apparu que nous ne fabriquions plus les produits de première nécessité qui nous manquaient tels que masques, médicaments, et sans compter non plus, la crise écologique née du réchauffement climatique, la crise énergétique due à notre dépendance au pétrole, et de quelques autres comme la perte de confiance en nos dirigeants, l’absence de perspective pour les jeunes générations, le retour de la guerre aux portes de l’Europe elle-même fortement critiquée pour ses errements et erreurs stratégiques, et son absence de perspective de croissance pour la zone euro attaquée de toutes parts, par la renaissance des empires, USA, Chine, Russie, Inde, dont les intérêts sont diamétralement opposés à ceux de l’Europe.

À la suite de la présentation du budget par Sébastien Lecornu devant les députés et l’opinion publique, il subit comme ses prédécesseurs l’ire des marchés qui le sanctionne rudement.

En clair : le taux exigé par les investisseurs pour prêter à la France a atteint le seuil des 5 %, alors qu’il était encore de 4,99 %. C’est un record depuis 2002.

Rappelons qu’il y a encore 1 mois ce taux n’était que de 4,2 % et seulement de 3,6 % au début de l’été.

On assiste ainsi à une augmentation exponentielle brutale et rapide des exigences des créanciers de la France, et cette tendance lourde a tendance à s’accélérer. Avec des conséquences pour les Français : renchérissement des taux de crédit pour les particuliers et les entreprises, plus grande frilosité des banques, perte de compétitivité des entreprises… C’est la spirale infernale qu’il faut absolument stopper !

Rappelons aussi que, pour faire voter son budget, le gouvernement doit passer sous les fourches caudines de l’Assemblée Nationale avec ses 11 groupes parlementaires et sans majorité.

Si le gouvernement voulait séduire la droite et la gauche à la fois, ce sont les marchés qui l’ont sanctionné !

Si cette tendance continue et que les taux d’intérêt atteignaient les 10 %, ce serait une catastrophe pour la France et l’obligation de subir des mesures très désagréables, car le pays deviendrait ainsi insolvable.

Politiquement la France se croit invincible car le pays n’a jamais fait défaut depuis les assignats en 1797 !

Sauf que la situation a plutôt tendance à s’emballer et qu’il ne sera pas facile de l’arrêter.

C’est ce que nous disent les marchés à travers l’augmentation des taux d’intérêts, ne croyant ni à l’efficacité de ce budget, ni.. à son adoption par le parlement.

Un peu de politique

Et pour être clair, les partis d’opposition ont eux aussi, condamné ce budget.

De plus, le parti socialiste qui avait soutenu Lecornu il y a un an, ne semble pas prêt à renouveler son soutien. « En l’état, le budget n’est pas acceptable pour nous » ont écrit Boris Vallaud au nom des députés PS, Patrick Kanner président des sénateurs socialistes, et Johanna Rolland dans une lettre au premier ministre. Reste à savoir à quelles conditions les socialistes seraient prêts à voter ledit budget… ?

Les crises s’additionnent

Crise financière, crise sociale, donc crise politique. Et rejet du budget avant fin 2026 ?

C’est fort probable, avec un pouvoir sans majorité et dépassé par les événements, un Président et un Premier Ministre qui battent des records d’impopularité !

Avec des oppositions qui n’ont aucun intérêt à ménager le macronisme…

Mais qui allumera la mèche qui imposera au Président de… quoi faire ?

Un taux à plus de 5 %, encore plus de violences dans la rue, davantage de destructions, où comme précédemment, la censure du gouvernement avant la fin de l’année ?

Et plusieurs hypothèses : budget adopté par ordonnances et 49-3, pas de vote avant la Présidentielle de 2027 et dans ce cas, on reconduit le budget 2026, vote d’un budget provisoire avec possibilité de l’amender après les Présidentielles, toutes les options sont ouvertes, mais c’est aussi le signe d’une cacophonie politique au Parlement, et les dernières élections sénatoriales n’y changeront rien puisque le Sénat reste un contre-pouvoir majoritairement opposé au Président Macron (qui ne peut le dissoudre) et l’Assemblée Nationale est un « joyeux foutoir où une chatte n’y retrouverait pas ses chatons » avec ses 11 groupes parlementaires sans majorité !