PRÉAMBULE

Yves Oper signe une chronique sur la France d’après 2024. Un regard acerbe sur la situation politique, économique et fiscale.

Écrit par Yves Oper

 

Les scientifiques nous avaient prévenus : après une explosion nucléaire, le plus dur n’est pas le souffle initial, mais les retombées. Juin 2024 aura été notre essai névrotique à ciel ouvert, et nous voici en 2026, au milieu du champ de ruines, à compter nos becquerels. Emmanuel Macron a réussi son pari de physique quantique : atomiser le paysage politique, dissoudre l’économie et évaporer le bon sens, tout en restant suspendu au-dessus du cratère dans une posture d’ange rédempteur. Problème : les radiations vont nous affecter encore très longtemps.

La question n’est donc plus de savoir si le roi est nu. Tout le monde a vu l’anatomie du désastre. La vraie question est de savoir s’il faut continuer à respirer l’air contaminé de cette république en demi-deuil.

Car la vie dans la zone d’exclusion post-macroniste obéit à une mécanique bien rodée. D’un côté, un État atteint de boulimie terminale. Un monstre administratif aux abois qui, pour financer sa facture de plus de 3 500 milliards de dette et ses décennies de gabegie, fouille dans vos poches avec la délicatesse d’un pickpocket en fin de droit. On vous prélevait hier pour payer des écoles et des hôpitaux ; on vous essore aujourd’hui pour rembourser les intérêts des chèques en bois du « quoi qu’il en coûte » et les honoraires des consultants de McKinsey qui ont méthodiquement planifié la faillite.

De l’autre côté, la caste des fidèles. Ces courageux liquidateurs du bon sens, toujours là, à pratiquer le déni en milieu hostile. Les supporters macronistes qui vous expliquent avec gravité que tout cela manque de pédagogie et que l’enfer fiscal est un mal nécessaire pour éviter le pire. Le pire étant, comme chacun sait, de remettre en cause leur confort moral.

Alors, faut-il fuir ? Faut-il remiser le béret, rendre sa carte Vitale usée jusqu’à la corde et laisser la clé sous la porte du tonneau des Danaïdes ?

La tentation est grande d’aller chercher sous d’autres cieux un air non irradié par le mépris de classe et l’extorsion d’État. Un endroit exotique où travailler ne s’apparente pas à un délit financier, et où la réussite n’est pas punie par une surtaxe punitive destinée à racheter les voix des prochains gogos.

Mais partir, c’est aussi leur laisser le champ libre. C’est abandonner le pays à cette armée de hauts fonctionnaires interchangeables et de centristes béats, ravis de pouvoir enfin gérer un désert entre eux, en comité restreint et à guichet fermé.

Le vrai dilemme de 2026 est là : devenir un réfugié fiscal avec le cœur serré, ou rester sur place en portant une combinaison étanche pour regarder l’orchestre couler avec le navire, en attendant que le dernier banquier d’affaires éteigne la lumière.