Après la grève de vendredi 9 octobre, INFO BRESSE a recueilli le témoignage de journalistes qui ne peuvent pas s’exprimer dans leur titre, mais qui veulent informer leurs lecteurs sur le P.S.E. (plan de sauvegarde de l’emploi) qui porte bien mal son nom. Qu’on en juge : 19 suppressions de postes de journalistes entre le JSL et le Bien Public.
En cause, l’introduction de l’I.A. (intelligence artificielle) dans les fonctions de secrétaire de rédaction et des correspondants de presse, sans en avertir le lecteur. En clair : le secrétaire de rédaction, pivot du journal (en lien avec les journalistes et les correspondants), serait assisté par l’I.A. pour les titres, chapeaux, résumés et corrections de texte. De plus, l’I.A. interviendra aussi dans la mise en page. Le secrétaire de rédaction ne fera que valider l’I.A. Ce qui permettra au groupe EBRA, dont le JSL et le Bien Public font partie, d’échapper à l’obligation européenne d’informer le lecteur de l’intervention de l’I.A. dans la rédaction du journal.
Ce qui ne serait pas vendeur pour le groupe EBRA (9 titres de presse) possédé par le Crédit Mutuel. L’I.A. proposera aussi la réécriture d’articles des correspondants de presse. Reste un point clé : en cas d’erreur, l’I.A. n’étant pas infaillible, ce sera le secrétaire de rédaction qui « portera le chapeau ».
À la suppression de postes s’ajoute un surcroît de travail pour les secrétaires de rédaction qui devront contrôler l’I.A. On s’acheminerait ainsi vers une presse déshumanisée et artificielle, sans la garantie journalistique des professionnels de l’information.
Un plan de départ de 400 salariés sur les 3 200 du groupe EBRA a été annoncé officiellement mi-juin 2026.
Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, « une banque qui appartient à ses clients », actionnaire unique et propriétaire à 100 % depuis septembre 2009 du groupe EBRA, fait 4,5 milliards de bénéfices après impôts. Il se revendique être le premier groupe de presse français par sa diffusion et acteur majeur de la presse quotidienne régionale dans l’Est de la France. Avec les titres Le Dauphiné Libéré, Le Progrès, Vosges Matin, L’Alsace, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est Républicain, Le Républicain Lorrain, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Bien Public, 3 hebdomadaires locaux, 2 journaux gratuits et 3 sites de presse en ligne.
Rappelons que le groupe EBRA a été épinglé pour sa proximité avec certains partenaires commerciaux, comme pour son rôle de relais dans la communication présidentielle.
Selon l’ouvrage La presse quotidienne de Jean-Marie Charon, « les médias régionaux de l’Est de la France sont historiquement parmi les plus conservateurs » et « le pluralisme est peu présent dans la presse régionale de l’Est », celle-ci étant « très dépendante des sources officielles, sans jamais de remise en cause ou mise en profondeur ».
Les pertes du groupe EBRA représentent 1 % des bénéfices du Crédit Mutuel, comblées en 2 jours.
Les journalistes veulent défendre leur emploi et leur indépendance dans un secteur fortement concurrentiel, refusent ces conditions dégradées, défendent les lecteurs qui ne seront pas informés qu’ils lisent un journal avec I.A. Et craignent bien sûr qu’à terme, ce soit l’I.A. qui se substitue au journaliste.