Ce Elle est légère, transparente, et elle pourrait bientôt vous coûter plus cher qu’une bouteille de vin. La bouteille plastique est au cœur d’une bataille qui oppose les élus locaux, les associations environnementales et le gouvernement. Au milieu de cette mêlée, une question simple : en faisant payer la consigne au consommateur, qui va payer la différence pour les collectivités ?
La réponse est sans appel : vous.
Le dossier est ressorti trois fois. En 2019, en 2023, et maintenant en 2026. À chaque fois, la levée de boucliers est identique. La dernière tentative date du 19 mai dernier, lorsque le président de la République a demandé au gouvernement d’organiser une concertation pour définir les moyens d’atteindre les objectifs européens de recyclage à l’horizon 2030. La France est très en retard : à peine 26 % des emballages plastiques y sont recyclés, contre un objectif de 55 % en 2029. Pour les seules bouteilles plastiques, le taux de collecte plafonne à 53 %, alors que Bruxelles exige 90 %. Ce manque à gagner coûte chaque année 1,5 milliard d’euros de pénalités à la France.
Le gouvernement propose une solution : installer des bacs dans les supermarchés pour récupérer les bouteilles usagées, moyennant une consigne de quelques centimes. L’idée est de s’inspirer du modèle allemand, où le Pfand, en place depuis les années 1990, permet de récupérer environ 90 % des bouteilles. Les Allemands paient entre 8 et 25 centimes par emballage, et récupèrent leur argent en ramenant les bouteilles dans des automates. En France, le dispositif se heurte à une opposition frontale des collectivités territoriales.
Une coalition inédite
Pour la première fois, les associations d’élus, les associations de défense des consommateurs, les associations environnementales et les fédérations d’industriels du recyclage se sont unies lors d’une conférence de presse pour rejeter le projet. Leur communiqué dénonce une « fausse solution environnementale », un « leurre pour les consommateurs » et un « déni des enjeux réels ». Les élus locaux ne mâchent pas leurs mots. Le vice-président de l’Association des maires de France a exprimé sa colère en rappelant que c’était la troisième fois que le gouvernement ressortait ce dossier, et que la concertation avançait à un rythme forcé.
La crainte d’une hausse de la TEOM
L’argument principal des collectivités est économique. Si la consigne est mise en place, les bouteilles et canettes ne passeront plus par les centres de tri des collectivités. Or, ces matériaux ont une valeur marchande importante, et leur revente permet aux collectivités de financer une partie de la collecte et du traitement des déchets. Le président d’Amorce, une association de collectivités, estime que cette perte de recettes obligera les communes à augmenter fortement la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, peut-être de 20 %. Le délégué général d’Amorce renchérit en soulignant que ces deux produits représentent aujourd’hui 75 % du volume d’un bac jaune, et que les centres de tri, dans lesquels des millions d’euros ont été investis, se retrouveraient vidés.
Un plan alternatif existe
Depuis 2023, les associations d’élus proposent un plan en quatorze mesures pour atteindre les objectifs européens sans passer par la consigne. Ce plan prévoit de diviser par deux la mise sur le marché des bouteilles plastiques d’ici 2030, avec des malus financiers pour les industriels, de généraliser l’accès à l’eau partout grâce à des fontaines, de développer le vrac et le réemploi, et de généraliser le tri sur les lieux de travail et dans les lieux publics. Leur slogan est simple : plutôt que de recycler plus de bouteilles, il faut en produire moins.
Un débat loin d’être tranché
La concertation se poursuit, et une nouvelle réunion est prévue le 15 juin. La question est désormais sur la table du Sénat, et les élus locaux dénoncent une mesure qui serait contre-productive pour l’environnement et pénalisante pour le service public local des déchets. Les associations environnementales, elles, rappellent que la priorité doit rester le réemploi, car le taux de réemploi des emballages en France stagne à 1,82 %, alors que la consommation de bouteilles plastiques continue de croître.
Pour la Bresse, territoire rural où la gestion des déchets est un enjeu quotidien et où la taxe d’ordures ménagères pèse sur le budget des familles, ce débat parisien aura des conséquences très concrètes.