Le projecteur chauffe dans l’obscurité du théâtre Mansart à Dijon.
Les planches craquent sous les pas nerveux de ceux qui s’apprêtent à tout donner. Du 31 mars au 4 avril 2026, la dix-septième édition du festival Éclosion va secouer la capitale bourguignonne. Porté par le Théâtre universitaire de Dijon (TUD), cet événement refuse la tiédeur des simples représentations de fin d’année. Les étudiants y déversent les mois de doutes, de sueur et de répétitions accumulés dans le secret des ateliers. La jeunesse prend la parole. Elle a faim.
La soirée d’ouverture pose un cadre d’une intensité redoutable.
Dès 19 heures, Victor Soudan et Sacha Domes livreront Bal d’hier, un projet porté à bout de bras par ces deux étudiants. Deux heures plus tard, le plateau basculera dans une noirceur terriblement contemporaine.
Inspirés par la tragédie de Gisèle Pelicot, Hugo Feutry et Alba Alonso, de la compagnie Abasto, placeront la construction de la masculinité sous un microscope théâtral impitoyable.
Ils disséqueront le comportement des garçons en groupe et le regard posé sur les jeunes filles. Le sujet brûle les lèvres. Le traiter par ceux qui en sont les premiers héritiers relève d’une audace vertigineuse.
L’exigence artistique irrigue l’ensemble de la programmation, soutenue par le service culturel du CROUS et des professionnels de la région. Les artistes confirmés n’étouffent pas les étudiants, ils les encadrent pour faire jaillir l’étincelle.
Le service culturel du CROUS Bourgogne-Franche-Comté dynamise la vie étudiante par une programmation artistique riche et accessible, transformant théâtres et cafés en hubs de création locale. Ce pilier essentiel des campus dijonnais et bisontins soutient les jeunes talents tout en favorisant les échanges entre étudiants, artistes et habitants.
Olivier Dureuil, figure de la célèbre troupe des Vingt-six mille couverts, plonge ainsi les acteurs dans l’horreur et l’exploration urbaine avec Théâtre à la tronçonneuse. La compagnie du Hiatus ressuscite la colère ouvrière avec Les peines sardines, une révolte de Bretonnes des années vingt chantée et dansée à fleur de peau. L’immersion devient totale avec Piratesses, une expérience sonore 2.0 exigeant du public de fermer les yeux.
Les frontières géographiques et thématiques sautent joyeusement. La compagnie strasbourgeoise En Place, invitée spéciale, montera sur scène pour jouer Lésions, une exploration en musique live des maladies et des handicaps invisibles.
Le Théâtre universitaire lui-même défendra sa création de tournée, Supermarket, sous la direction de Karine Bayeul, baignant les spectateurs dans la lumière crue des néons et la frénésie des tubes yéyés. Le bouillonnement de cette semaine de création s’achèvera dans la sueur et la libération d’une traditionnelle « boum ». Le travail s’arrête. Les corps dansent.
Franchir les portes du théâtre Mansart pour une soirée, facturée 10 euros à plein tarif ou 5,50 euros en tarif réduit pour un ou deux spectacles, constitue un acte de soutien direct à cette énergie brute. Le programme complet, détaillé sur les réseaux Instagram et Facebook sous l’étiquette « tudijon », témoigne d’une soif de vivre communicative. Les spectateurs ne viennent pas chercher ici la perfection glacée des grandes scènes nationales. Ils viennent se frotter à des maladresses magnifiques et à une sincérité qui prend aux tripes. Ces étudiants nous tendent un miroir. Il suffit d’oser y plonger son regard.
Hugo Feutray, metteur en scène dijonnais, dirige au Théâtre Universitaire de Dijon (TUD) depuis 2024 (Noces de sang au Mansart) et anime ateliers au Beau Volume (adultes : Génération submergée, La pesée des cœurs, 2023). Professeur théâtre SESSAD Grand Dijon (2021-2024), il co-crée El acuarelavión à Buenos Aires (2018) avec Alba Alonso, et Cridhe (harpe celtique, CPLV 2023).
Alba Alonso, comédienne espagnole (ESAD Galice), experte théâtre physique (View Points, anthropologique avec Angelelli/Fuentes), vit à Dijon depuis 2020. Ateliers enfants/ados, membre Cie La Multiple (Mon cher amour ?, 2023 ; Vox Populi Avignon Off), co-mise El acuarelavión et compose pour Abasto.
Karine Bayeul, pilier féminin du Théâtre Universitaire de Dijon (TUD), déploie un théâtre choral et introspectif, où voix plurielles et enjeux intimes se croisent au service de la jeune création bourguignonne. Vice-présidente du TUD, elle mène Supermarket pour la clôture d’Éclosion #17 le 4 avril 2026 au Mansart, après Sœurs (Éclosion 2025) et Les petites bêtes, tissant un fil rouge d’histoires féminines résilientes.