La visite du méthaniseur touchait à sa fin. Julien Gauthey avait montré les digesteurs, expliqué la ration, présenté ses salariés. Restait à parler de ce qui fâche : la paperasse. Et c’est là, devant les tuyaux et les cuves, que le président de la SAS Bioénergie Pierroise a livré le fond de sa pensée. Le candidat a écouté. Puis il a parlé. Et les journalistes ont posé leurs questions.
Onze mois pour un permis, des centaines de milliers d’euros d’études
Julien Gauthey n’a pas mâché ses mots. « On a déposé le permis, il nous a fallu quasiment onze mois pour avoir une réponse, avec toutes les pièces qu’il a fallu rapporter. » Un élu présent s’est étonné : « Un permis de construire, c’est deux mois. » La réponse a fusé : « Il n’y a plus deux mois. Onze mois de procédure. Et quand on est prêt à donner le premier coup de pelleteuse, on nous annonce qu’il y a une réunion archéologique. Il a fallu poser des piézomètres, il a fallu des études souterraines. On n’a jamais fait le compte de l’ensemble des études, mais c’est énorme. Plusieurs centaines de milliers d’euros d’études et de choses qui ne se voient pas sur le terrain, qui n’ont rien apporté. »
Et ce n’est pas tout. « On nous demande de traiter toutes nos eaux. Les eaux de pluie de la cour. On nous explique que la pluie qui tombe dans la cour, elle est polluante parce qu’il y a peut-être un brin de paille ou un élément qui traîne. On a deux bassins. C’est toutes des choses qu’on ne voit pas. »
Le président a aussi raconté l’histoire du raccordement. À l’origine, la Commission de régulation de l’énergie réclamait 1,2 million d’euros. « C’était quasiment infaisable. » La facture est descendue à 300 000 euros, puis, avec la loi de 2018, à 35 000 euros. « C’est clair qu’un agriculteur tout seul, qui a déjà son boulot à gérer, c’est quasiment impossible de faire un dossier de ce genre. »
Gabriel Attal a saisi la balle au bond. « Est-ce qu’il y a encore du boulot pour la simplification aujourd’hui, c’est à 100 % ? » La réponse de Julien Gauthey a claqué, sans hésitation : « C’est clair. »
Le candidat prend la parole
Quelques minutes plus tard, devant les caméras, l’ancien Premier ministre a livré son message. « J’ai voulu venir visiter ce site et ce méthaniseur parce qu’on voit aujourd’hui le désordre international. On a tous à tout faire pour être plus autonomes, plus indépendants. Notre autonomie, notre indépendance, c’est l’autonomie agricole et l’autonomie énergétique. Et ici, à travers ce méthaniseur, on voit que les deux peuvent avancer ensemble. On a à la fois un projet qui permet d’aller vers plus d’autonomie énergétique, de dépendre moins des énergies fossiles qu’on importe, plus des énergies qu’on produit nous-mêmes, et qui, en plus, permet aussi de contribuer à diversifier les revenus de nos agriculteurs, donc de renforcer aussi notre agriculture et notre autonomie agricole. »
Il a salué les agriculteurs : « Je suis venu rencontrer les acteurs qui ont porté ce projet et que je veux féliciter parce qu’il fallait oser. Il fallait se dire on y va, on se met dans un projet avec toutes les procédures qu’on connaît. Je suis venu les rencontrer pour entendre comment est-ce qu’ils ont pu porter ce projet et surtout comment est-ce qu’on peut tirer des leçons et des enseignements de leurs expériences pour qu’il y en ait davantage en France. »
L’énergie, un sujet politique
La consœur d’Ici Bourgogne a posé la première question. Le candidat a été interrogé sur la bataille politique au centre. « Il y a des commentaires politiques sur les uns et les autres. Moi, je parle aux Français, j’échange avec les Français, je me déplace sur le terrain. Je ne suis pas dans ces commentaires politiques-là. C’est aux Français de juger. »
Il a poursuivi sur sa vision de l’énergie. « Je suis assez frappé de voir que les questions énergétiques sont devenues un sujet politique. Vous avez certains, à gauche, à l’extrême gauche, qui disent qu’il ne faut que des énergies renouvelables, pas de nucléaire. Et vous avez d’autres, à droite, à l’extrême droite, qui disent qu’il ne faut que du nucléaire et pas d’énergie renouvelable. Moi, je considère qu’on en a besoin des deux. »
Il a donné un chiffre : « Tout ce qu’on a en biogaz aujourd’hui en France, tous les projets, je crois que c’est autour de 14-15 TWh, c’est l’équivalent de deux réacteurs nucléaires. On va tripler ça dans les années qui viennent. Moi, je fais partie de ceux qui considèrent qu’on doit avoir un mix énergétique équilibré avec du nucléaire, avec du renouvelable. Et dans le renouvelable, il y a le photovoltaïque, il y a l’éolien, il y a le biogaz, il y a la géothermie. Il faut développer toutes ces sources d’énergie parce que l’objectif, c’est d’être indépendants. »
Et il a conclu sur une formule : « Pendant des décennies, l’Europe a décidé de confier notre défense aux États-Unis, notre industrie à la Chine, notre énergie à la Russie et aux pays du Golfe. Maintenant, il faut qu’on dépende davantage de nous-mêmes et ça commence par l’énergie. »
La question d’Info Bresse
Puis est venu le tour d’Info Bresse. La question portait sur les zones à faibles émissions, les ZFE, et sur le rôle de l’Europe. Gabriel Attal a été clair : « Je suis pour qu’on laisse le choix aux élus locaux. Je ne suis pas pour qu’on leur impose des choses. »
La visite s’est achevée. Les voitures ont quitté le site. Restait l’odeur du fumier, le souvenir des tuyaux, et la conviction que, paperasse ou pas, dix agriculteurs de Pierre-de-Bresse avaient montré la voie.