La visite s’est poursuivie. Après les explications techniques, les questions ont glissé vers l’humain. Les élus présents voulaient savoir. Comment convaincre les maires réticents ? Comment répondre aux riverains qui s’inquiètent des odeurs ? Et qui décide, au juste, dans ce méthaniseur ? Julien Gauthey a répondu, sans détour.
La discussion a commencé par un constat.
Pourquoi certains départements, comme la Nièvre ou le Jura, accusent-ils un tel retard par rapport à la Bresse ?
La réponse tient en deux mots : volontarisme et acceptabilité. Éric Tassetti, le directeur territorial de GRDF, a été clair. « Un bon projet, c’est le projet qui réussit à fédérer, qui est présenté très tôt en termes d’acceptabilité. Il faut que ce soit construit ensemble, le plus tôt possible, avec les sphères les plus larges. »
Julien Gauthey a enfoncé le clou. « Pour qu’un projet voie le jour, c’est impératif que les municipalités soient dans la boucle dès le début, et si possible de bonne augure. Quand le maire n’est pas pour le projet, c’est quasiment infaisable. » À Pierre-de-Bresse, la mairie a été un soutien constant. « On a commencé avec Claudette, puis Aline a continué dans le même lancé. »
Des odeurs et des craintes
La question de l’acceptabilité par les riverains est venue sur la table. Y a-t-il eu des réticences ? « Il y avait quelques réticences à l’odeur, des questions », a reconnu le président de la SAS. « On les a reçues avec Julien, on était transparents sur le dossier. Dans l’ensemble, il n’y a pas eu trop de problèmes. »
L’explication est simple. Le méthaniseur a été construit entre deux exploitations agricoles et une coopérative, dans une parcelle agricole. « Les exploitations, il y a la mienne et celle de Fabien qui sont là, avec déjà de l’élevage, des odeurs de fumier. Les gens, il n’y a rien qui change vraiment. »
Autrement dit, le fumier sentait déjà avant le méthaniseur. Rien de nouveau sous le soleil de la Bresse.
Quant aux craintes sur la sécurité du gaz, Julien Gauthey les balaye rapidement. « Ce n’est pas un site Seveso. Il n’y a pas zéro risque, mais ce n’est pas pire que quelqu’un qui a le gaz dans sa maison, le gaz de ville. »
Une gouvernance 100 % agricole
La question de la gouvernance a été posée. Qui décide ? La réponse est sans ambiguïté. « Nous, c’est la SAS. On est 100 % propriétaires du capital. Chaque exploitation a un administrateur qui participe au conseil d’administration. Un comité de direction gère les décisions courantes. On a réussi à être autonomes, sans dépendre de grands groupes, parce qu’on veut que notre capital reste au service des agriculteurs. »
Le digestat, un trésor pour les champs
Dernier point abordé : le digestat, ce co-produit de la méthanisation qui sert d’engrais. Y en a-t-il assez pour toutes les exploitations ? « On répartit, il y a une clé de répartition. Tout ce qu’on amène, on le récupère en équivalent, mais sous une autre forme. »
Avant le méthaniseur, chacun épandait ses effluents bruts. « Le flux de lisier, on l’épandait brut. Maintenant, on l’épand transformé. Le digestat, c’est une matière organique directement accessible, utilisable par les plantes. » L’intérêt est double. « On a investi dans le stockage, on peut stocker et utiliser au plus près des besoins des plantes. Avant, on subissait les épandages. Quand les fosses sont pleines, on épand. Mais ce n’est pas tout le temps le bon moment. Aujourd’hui, on épand au plus près du besoin. »
Un matériel de pointe, fourni par la CUMA, vient compléter le dispositif. « On a le matériel tout récent. On pourrait vous expliquer ça, mais on va profiter du dernier quart d’heure. » La visite touchait à sa fin.