Rentrée 2026
le portable banni des lycées, et la Bresse va devoir ranger ses écrans
Ce n’est plus une rumeur ni un vœu pieux. À partir du 1er septembre 2026, si le calendrier législatif tient ses promesses, les centaines de milliers de lycéens français devront dire adieu à leur téléphone, du portail de l’établissement jusqu’à la sortie. Fini les notifications sous le pupitre, les scrolls dans la cour, les groupes WhatsApp qui dictent la récré. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, a décidé d’étendre l’interdiction déjà en vigueur dans les écoles et collèges. Une mesure portée par la sénatrice LR Agnès Evren, votée par les deux chambres, et qui attend désormais l’ultime étape de la commission mixte paritaire.
L’affaire est sensible. Elle touche à l’intime des adolescents, à cette prothèse numérique qui ne les quitte jamais, mais aussi à une promesse présidentielle. Fin novembre 2025, Emmanuel Macron avait affiché sa volonté d’aller plus loin après le collège. Le texte déposé au Sénat par Agnès Evren prévoit une interdiction par principe dans toute l’enceinte des lycées : plus de portable ni en classe, ni dans les couloirs, ni dans la cour. La sénatrice a salué un texte qui « redonne aux jeunes le droit de s’instruire loin du bourdonnement permanent des algorithmes, dans un climat scolaire plus serein et plus humain ». Des mots qui résonnent fort, à l’heure où la communauté éducative s’alarme des comportements addictifs et des conséquences sur la santé mentale des élèves.
Le ministre Geffray, lui, ne mâche pas ses mots. « Le temps de l’école, ce n’est pas le temps du téléphone », a-t-il tranché, pointant du doigt « des enjeux de santé publique, des enjeux sociaux, mais aussi des enjeux intellectuels et civiques ». Concrètement, en cas de non-respect, la confiscation sera la règle. Le portable pourra être restitué à l’élève en fin de journée, ou aux parents en cas de récidive. Des dérogations resteront possibles, fixées par le règlement intérieur de chaque établissement. Les étudiants de l’enseignement supérieur, par exemple, ou certains usages pédagogiques encadrés pourraient y échapper. Mais le principe est clair : le lycée doit redevenir une zone de déconnexion.
Le chemin parlementaire a été rapide. L’Assemblée nationale a adopté le texte le 26 janvier 2026, le Sénat le 31 mars. Reste une commission mixte paritaire pour harmoniser les versions des deux chambres. Si elle aboutit, la loi entrera en vigueur pour la rentrée. Le calendrier est serré, mais la volonté politique est là.
Sur le terrain, les inquiétudes sont tout aussi réelles. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, a rappelé les difficultés pratiques : « Pour mettre en place ce dispositif, vous devez parfois acheter des casiers pour que les élèves déposent leur téléphone, parfois vous achetez des housses individuelles qui vont ensuite être scellées toute la journée. » Un coût supplémentaire pour les établissements, qui devront s’équiper en casiers ou en pochettes, et mobiliser du personnel pour faire respecter la règle. Certains syndicats de chefs d’établissement ont déjà exprimé leur scepticisme sur la faisabilité d’une interdiction généralisée.
En Saône-et-Loire, comme partout ailleurs, les proviseurs vont devoir plancher cet été sur des règlements intérieurs adaptés. Les lycées de la région, qu’ils soient à Chalon, à Louhans, à Mâcon ou à Tournus, ne dérogent pas à la règle : il faudra trancher entre casiers individuels, pochettes scellées, ou simple confiscation en cas d’infraction. Les parents, de leur côté, oscillent entre soulagement, voir leur adolescent enfin libéré de son écran pendant les cours, et crainte de ne pouvoir les joindre en cas d’urgence.
Une chose est sûre : à la rentrée prochaine, la sonnerie du lycée ne signalera plus seulement le début des cours, mais aussi la mise en veille forcée de milliers d’appareils. Un retour au silence, ou presque, dans les couloirs et les préaux.