Trois boutiques ferment leurs portes en l’espace de trois semaines sur la Grande-Rue de Louhans-Châteaurenaud. La Part des Anges, Equinoxe, et surtout la Maison Corail, fondée en 1911. Des vitrines vides, des salariés qui s’en vont, des gérants qui jettent l’éponge. Sous les arcades, le commerce de centre-ville traverse une zone de turbulences. Des repreneurs sont annoncés, un opticien va bientôt s’installer, mais une question demeure : quel commerce restera-t-il demain dans le cœur battant de la cité ?
La fermeture la plus symbolique est sans conteste celle de la Maison Corail, vieille de 115 ans. Fondée en 1911 par Hermence et Jules, l’enseigne a traversé deux guerres, tenu les marchés de Louhans, de Lons-le-Saunier, de Beaurepaire. Une page qui se tourne avec le départ en retraite de sa gérante. Huit ans de recherche n’ont pas suffi pour trouver un repreneur.
Les raisons de cette fermeture sont multiples. La gérante pointe l’état de la galerie couverte qui ne nécessiterait pas un simple rafraîchissement. Un constat que Frédéric Bouchet, le maire, relativise. Pour lui, les arcades doivent aussi leur caractère à leur histoire, et des communes bien plus touristiques que Louhans n’ont parfois plus aucun commerce.
Cette fermeture n’est pas un cas isolé. Le 27 avril, Stéphanie Régnier baissait déjà le rideau de La Part des anges, boutique de prêt-à-porter féminin. Ouverte en 2017, elle pâtissait d’une fréquentation insuffisante ces derniers mois. Le 17 mai, Equinoxe suivra le même chemin. La boutique de lingerie, créée en janvier 2025 par Margot Corbineau, n’a pas résisté au poids des charges.
L’enseigne a été placée en liquidation judiciaire.
Trois commerces textiles en quelques semaines. Faut-il y voir un déclin inexorable du commerce sous les arcades ? Le maire refuse cette lecture. Il rappelle que la santé financière des petits commerces est une question nationale, pas seulement louhannaise. Surtout, il souligne que les cellules vides trouvent repreneurs dans des délais assez brefs.
À la place de la Maison Corail, un opticien s’installera après travaux. La future gérante disposera de 150 mètres carrés pour exposer près de 1 200 montures. Une salariée est déjà recrutée, l’ouverture est prévue après la mi-juillet. Du côté de La Part des anges, un projet de commerce de bouche est évoqué. Quant à la fromagerie fermée l’été dernier, elle fait l’objet d’un projet de reprise par l’entrepreneur Dominique Prudent.
Pour Sébastien Bassen, président de l’association de commerçants Élan gagnant, ce renouvellement est une chance, à condition que les repreneurs soient sérieux et solides financièrement. L’association travaille à la mise en place d’un partenariat avec une grande surface de l’agglomération pour permettre aux clients de cumuler des points de fidélité lors de leurs achats en périphérie. Le modèle, inspiré de la ville de Mazamet, dans le Tarn, aurait montré son efficacité.
Sous les arcades, la valse continue. Le textile recule, l’optique avance. Le visage du commerce louhannais se redessine à bas bruit. La question n’est plus celle de la vacance, mais celle de la mutation. Une page centenaire se tourne. Une autre s’écrit, en montures plutôt qu’en corsages.